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lundi 2 décembre 2024

La ruine d’un monde - Detroit



3459e jour - Les images vont par deux. Elles datent, à chaque fois de juillet 2009 puis de juin 2019. Elles montrent le même champ photographique.



Dix ans, donc, entre elles – de toute évidence, dix ans de tumulte.



En 2009, ce n’est pas la rutilance mais c’est la vie. Les bâtiments sont à peu près entretenus, et les pelouses aussi.



En 2019, les voitures se font rares, fenêtres et portes sont souvent couvertes de planches et une part des maisons a déjà disparu.



Il paraît qu’à Detroit, depuis quelque temps il y a du mieux. Peut-être que ce type en train de tondre, de défricher était-il là, en 2019, pour témoigner des prémisses d’un renouveau.

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vendredi 25 février 2022

Candy Store - Detroit


2912e jour - Histoire sans paroles ou presque (j’aime bien le vert de la pelouse aujourd’hui, je veux y voir une note d’espoir)… L’image la plus ancienne date de septembre 2007, la plus récente d’août 2021.











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vendredi 22 octobre 2021

Gratiot Liquor - Detroit

2839e jour - Il est des lieux qu’on aimerait ne jamais voir disparaître… Gratiot Liquor, 3343 Gratiot Ave., Detroit.








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mercredi 16 octobre 2019

Démultipliée - Detroit

2454e jour - J’aime quand on ne sait pas, regardant une image, si l’en y voit une seule personne démultipliée ou plusieurs (ici ce pourrait être des sœurs, des jumelles).

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mardi 15 octobre 2019

Partout, tout le temps, photographier - Detroit



2453e jour - Il y a trente ans, il était inconcevable de pouvoir un jour photographier avec autant de facilité à l’aide d’un téléphone (téléphone sans fil ; images hautes résolution et partagées un peu partout sur les réseaux sociaux). Question : quel geste qui sera familier dans le futur, ne pouvons-nous, aujourd’hui, imaginer ?
Images prises à l’intérieur de Central Station à Detroit.

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lundi 5 novembre 2018

Les lieux d’une image - Detroit


2279e jour - L’image du haut a été prise dans Livernois Avenue, à Detroit, dans les années soixante. C’est bizarre d’imaginer la splendeur passée (au moins au niveau des couleurs).
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Les lieux, j’ai eu du mal à les trouver parce que je cherchais le “décroché” entre les deux bâtiments sans me douter que le premier avait été doté, depuis, d’une extension.

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vendredi 1 mars 2013

Vases communicants / Pierre Menard

964e jour de voyage - Je laisse pour la journée les clés de la maison Dreamlands à Pierre Menard qui m'accueille pour sa part, grande fierté pour moi, sur le Liminaire…

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Je suis un lent qui cache ses défauts de besogneux sous une activité débordante. L'idée de ce roman sur Detroit est assez vieille il faut bien le reconnaître (pas encore trouvé le titre d’ailleurs, mais ça viendra), deux ans déjà. J'ai commencé à faire des recherches, à mettre de côté des informations sur la ville de Detroit, son histoire, sa musique, intrigué par quelques images de la ville qui perd jour après jours ses habitants et dont l'espace se modifie radicalement. J'ai sauvegardé en ligne, au fil de mes découvertes, cette documentation sur le site scoop.it, ainsi que sur un blog : Lost Detroit.


La diffusion sur mon site, il y a deux ans précisément, d’un magnifique texte d'Esther Salmona écrit sur cette ville dans laquelle elle a vécu plusieurs mois il y a quelques années déjà, et qui l'a notablement marquée, à joué les catalyseurs.


Lors de mon séjour à Ouessant en août 2011, j'ai compris ce qui me fascinait tant dans ce paysage de Detroit en pleine mutation, qui côtoient les gratteciel rutilants de Downtown, comme d’autres villes abandonnées projet sur lequel travaille notamment Philippe Rahmy.
J’ai alors écrit un long texte sur les chemins de traverse de la création : Un lieu du temps.


Quand Olivier Hodasava m'a contacté récemment pour m'inviter à échanger nos sites dans le cadre des vases communicants, je commençais à nouveau à travailler sérieusement sur mon roman. Son invitation m'a poussé à intensifier le travail pour terminer l'un des premiers chapitre du livre, le 4ème en l'occurrence, qui raconte le réveil en plein terrain vague d'un homme qui ne se souvient plus de rien et qui erre fantomatique dans les paysages désolés et vides de Detroit.


Le chapitre est assez long, j'en propose donc un large extrait sur le site d'Olivier Hodasava, mais l'intégralité est disponible au format ePub et version pdf pour plus de lisibilité.

C’est avec grand plaisir que j’ai accepté d’écrire sur le blog Dreamlands, tout d’abord parce que c’est un site passionnant, d’une grande richesse, un site que je suis au quotidien et dont je me sens très proche (je l’utilise même en atelier de création en ce moment), et parce qu’ensuite c’est sans doute le meilleur endroit pour y diffuser un extrait de mon texte en cours d’écriture, dont l'ensemble de la trame se matérialise autour du lieu, de son image à travers le temps et notamment via Google Street View.

Dans son dernier roman “Programme sensible” paru chez Actes Sud, AnneMarie Garat questionne également notre rapport aux nouvelles technologies :

“Tout s’est raccordé où cela s’était interrompu, recollé sans rupture à l’enchaînement logique, à la ronde du temps et au mouvement. Il suffit. Pas de quoi en faire un plat, des absences, tout le monde en a. Il n’y a qu’à regarder les photos de Muybridge pour comprendre combien il y a d’instants perdus dans les intervalles, invisibles et pourtant réels, qu’il fusille à toute vitesse. En pause, l’allure du cheval, de la femme, de l’enfant, jamais vu auparavant ce qui nous sépare de nous mêmes dans l’envol, le galop, la course, la danse, la mort. Dans la promptitude de l’entre-deux, nous sommes vivants.”


Écrire sur une ville que l'on ne connaît pas, que l'on décrit dans un temps qui n'existe déjà plus, celui de l'image arrêtée, et raconter comment un homme d'image, un photographe, va tenter, par amour, de changer le cours du temps et la forme d’une ville.

“Dans ce blanc de neige, sommeil blanc, tout se raccordait sans disjoncter. L’enchaînement logique du temps et du mouvement avait continué en mon absence, au lieu que la vie réelle le divise continûment en fragments sans queue ni tête, qu’on n’ose raconter à quelqu’un d’autre comme dans les romans et dans les films où l’on entend la voix narrative nous parler de choses secrètes, pénétrantes, de vérités authentiques qui nous émeuvent et nous persuadent que la réalité illisible, incohérente et absurde est compréhensible, d’âme à âme.”


Cet extrait se déroule dans un terrain vague situé à l'intersection de Carrie Street et Georgia Street, à proximité de l'école élémentaire Jane Cooper aujourd’hui détruite.


        J’essaye d'avancer un peu, malgré ma blessure à la tête et les jambes flageolantes, pour tenter de me repérer, de comprendre ma situation, persuadé qu'à l’aide de ces maigres indices je parviendrais enfin à défiler la pelote de ce qui s'est passé la veille au soir, retrouver mon identité comme j’ai récupéré l’usage de mes jambes et de mes bras. Je suis aussi pauvre que les morts. Je commence sans rien. Ce n’est pas par un raisonnement qu’on y arrive, mais une illumination.
        Tout semble presque vaporeux. J’avance en tâtonnant jusqu'à repérer à quelques centaines de mètres de mon point de départ une route désaffectée, ce n’est plus qu’un ruban, la trace de son ancienne existence, morceaux de bitume agglomérés, le gravier aboli gagné par l’herbe dévorant le bord dentelé de la voie défoncée, désolée. Quelques pas plus loin un monticule renflé de vieux pneus usagés, caoutchouc grisé par les intempéries, en barre l'accès. Voie sans issue.
        Je tourne en rond dans le dédale monotone de ces ruelles envahies d’herbes folles, bordées d’arbustes proliférant en désordre, dont la taille saillante empêche toute visibilité au-delà du carrefour suivant. Un ensemble de rues et d’impasses qui s’enchevêtrent et dans lesquelles on ne s’aventure jamais sans redouter un traquenard. Là, c’est l’abandon qui fait peur.
        Épuisé, je vagabonde en titubant, d’un pas incertain, hésitant sur le chemin à suivre. Je ne perçois rien d’autre du parcours effectué qu’un circuit infernal, excédant, dédale sans queue ni tête, en boucle sur lui-même, sans porte de sortie ni issue de secours.
        J’ai faim, je suis éreinté, je m'assois un court instant sur une glissière de sécurité en béton gris, garde-fou oblitéré d’un large rond rose pâle peint à la main, barrière improvisée qui coupe la route, empêchant les véhicules de pénétrer dans cette zone interdite. Aucune voiture n’est passée dans les environs depuis que je me suis réveillé. Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte. Mais on entend parfois, comme une morne plainte, quelque chien sans abri.
        Je sens bien que je suis perdu dans un coin reculé de la ville, mais très loin de son centre, rejeté à sa périphérie, ces amas de vieux pneus aux contours usés, devenus obsolètes, entassés, ces piles de cartons agrégées en millefeuille avec le temps, ces gravats et décombres déposés ça et là, à l’abri des regards et des interdits, la ville n’est pas si loin forcément pour qu’on les abandonne à cet endroit.
        Je pense à un chantier interrompu, un circuit automobile délaissé. Ce qui m’inquiète le plus d’ailleurs, ce n’est pas d’être perdu, situation passagère j'en suis sûr, mais de ne pas reconnaître ce paysage si particulier que j'observe depuis ce matin, sans rien de familier alentour.
        Et tout à coup la peur m’envahit, mon nom, je ne m’en souviens pas non plus. Je ne sais plus qui je suis. Mes mains sont celles d’un étranger.
        Il suffirait de suivre les fils des poteaux électriques pour retrouver la ville tout au bout,
Petit Poucet fébrile, mais découvrirai-je pour autant qui je suis en regagnant cette ville ? Je me relève avant que l’incertitude m'assaille à nouveau et m’ôte le peu de courage qu’il me reste pour avancer. Je reprends le sentier à travers ce désert urbain. Droit devant.

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Texte et images de Detroit par Pierre Menard.
Si vous voulez retrouver mon voyage du jour, il vous faut vous rendre maintenant sur le Liminaire.
Cet échange se passe dans le cadre du projet des Vases communicants : “Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.”

dimanche 25 novembre 2012

Partout des écrans – boutiques américaines






873e jour - Boutiques américaines. Partout des écrans de télé – écrans généralement plats, 16/9e – en hauteur, au-dessus des bars, des comptoirs de boulangerie, au-dessus des glaces chez le coiffeur.
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Les programmes les plus souvent croisés :
- le sport (basket, football américain) ;
- les actualités en plateau façon CNN (avec moults bandeaux autour de journalistes et invités) ;
- les émissions de jeux ; 
- les soaps (particulièrement dans les quartiers à forte population latino).

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mercredi 21 novembre 2012

Femme noire, tigre blanc - Detroit

869e jour - Au premier coup d'œil, la scène est irréelle.
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La femme au tigre est connue dans le quartier.
Elle ne fait pas vraiment la manche – de toute façon, il n'y a que des voitures qui passent par là.
Non, elle est juste posée sur son bout de trottoir. Avec son tigre blanc pour lui tenir compagnie.
Peut-être son but est-il juste de surprendre les automobilistes, de les forcer à ralentir. Si c'est le cas, nul doute que ça fonctionne.
En tout cas, une chose est certaine : elle se marre !
 
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vendredi 14 janvier 2011

Lecture - Une phrase de Jonathan Safran Foer

213e jour - Lecture…



KFC
Désignant autrefois le Kentucky Fried Chicken, mais ne signifiant plus rien aujourd’hui, le KFC est sans doute la compagnie qui a augmenté plus que toute autre la somme totale des souffrances dans le monde. KFC achète près d’un milliard de poulets chaque année – si vous entassiez ensemble tous ces poulets, ils couvriraient Manhattan de l’Hudson à l’East River et déborderaient des derniers étages des gratte-ciel –, de sorte que ses pratiques ont, par ricochet, des conséquences dans tous les secteurs de l’industrie de la volaille. 
Faut-il manger les animaux ? de Jonathan Safran Foer, Éditions de l’Olivier



Les images ci-dessus ont été prises à :
Detroit  /  Philadelphie
Detroit  /  San Francisco

lundi 13 décembre 2010

Une réponse - À propos de baskets suspendues


188e jour - Vendredi 3 décembre, je m’interrogeais sur le sens à donner à des paires de baskets suspendues aux fils électriques et que j’avais croisées aussi bien à Detroit qu’à Mexico City. J’imaginais des scénarios saugrenus. Des éléments de réponse me sont parvenus et ils semblent indiquer un usage nettement plus prosaïque.

Ces éléments de réponse, c’est Annabelle (je ne saurais trop vous recommander la visite de La Vie Paisible, son blog) qui me les a fournis. Je la site quasi in-extenso : pour la petite histoire, les baskets étaient suspendues aux fils à l’origine pour signaler la présence d’un dealer tout près (maison, immeuble). Une fois que les flics ont eu connaissance du code, c’est juste devenu une mode, un jeu. Dixit une amie américaine qui m’a confirmé cette explication dans les rues de Chicago il y a quelques années. J’avais déjà eu vent de cette pratique à Philadelphie vers 96.