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mercredi 5 février 2014

Souvenir lointain - Fukui

1183e jour - Ce même jour un peu plus tôt – ou peut-être était-ce la veille, je ne sais plus –, Atsuko avait longuement observé des traînées de condensation au-dessus de la ville. Elle avait remarqué : Au bout de chacun de ces traits dans le ciel, il y a des avions et dans chacun de ceux-ci des gens en partance…… Un jour, toi aussi tu seras en partance. Et j’en serai effroyablement attristée…… Oui, je connaîtrai une période de chagrin. Et puis, j’apprendrai à faire avec cette réalité. Nous deviendrons deux personnes qui s’écrivent ; deux personnes qui se promettent de se revoir. Mais nous aurons nos vies, chacun de notre côté. Je finirai par t’apprendre que je suis mariée, que j’attends un enfant. Peut-être toi-même auras-tu des enfants… Toujours est-il qu’avec les années nos courriers se feront de plus en plus rares – jusqu’à ce que finalement nous ne soyons plus, l’un pour l’autre, qu’un souvenir lointain.

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mardi 4 février 2014

Le vélo rouge - Fukui

1182e jour - À Fukui, Atsuko s’était débrouillée pour récupérer chez une vieille tante deux vélos – rouge pour elle, bleu pour moi.
Elle m’avait dit : Tu verras, un peu d’exercice ne te fera pas de mal. Et puis, ici, c’est le genre d’endroit où il est très agréable de pédaler. Il y a toujours une brise légère pour te pousser.
En fait, durant notre séjour, il n’y eu qu’un vent violent, avec des bourrasques qui, systématiquement, manquaient de nous déséquilibrer.
Quand je pestais, Atsuko souriait. Mes agacements l’amusaient.
Un soir, alors que nous cadenassions nos vélos pour la nuit, elle constata : Tu sais, je ne suis qu’une enfant.
Un temps était passé avant qu’elle ne rajoute : Oh mais, je suis sotte. Tu le sais très bien. C'est même vraisemblablement cela qui te plait chez moi.

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lundi 3 février 2014

Un couple - Fukui


1181e jour - C'était un jour de semaine gris et parsemé d’averses. Atsuko avait tenu à me faire visiter ce qu’elle appelait “LE pavillon”, une maison traditionnelle devenue musée.
On devait être autour du 15 novembre, il n’y avait pas un chat.
Nous étions accoudés à une rambarde face au lac quand mon amie raconta : Je devais avoir une douzaine d’années. Nous étions venu ici même avec mes parents. Il n’y avait guère plus de monde qu’aujourd’hui. Parce que je m’ennuyais, j’avais demandé l’autorisation de me promener dans le parc… J’avais fait le tour du lac… Quand je me retournais, j’apercevais mes parents, plongés, studieux, dans la lecture d’un écriteau ou admiratifs devant un vase ou une sculpture… Même si je les savais pas très loin, j’avais un peu l’impression d’être seule au monde – ou plutôt : de les observer d’une autre planète.

Cette impression, je l’ai eu jusqu’à ce que je perçoive des frémissements au-delà d’un arbre. J’ai pensé à un chat. Discrètement, je me suis faufilée pour voir. En fait, c’était un homme et une femme. Ils s’embrassaient. L’homme était appuyé contre le tronc. Une des mains de la femme effectuait de troublants va et vient à hauteur de leurs bassins. Elle était en train de le branler… La queue était en partie masquée par la main, par le corps de la femme. C’était la première fois que je voyais un sexe d’homme en érection. C’était un objet trop abstrait pour que je le comprenne vraiment. Dans mon souvenir, je la voyais seulement comme une masse diffuse. Mais, en même temps, tout mon corps savait qu’on était là dans l’interdit.

Je les ai observés une trentaine de secondes, peut-être une minute. Et puis, par peur qu’ils me surprennent, j’ai rebroussé chemin. Une fois à bonne distance, je me suis mise à courir. J’ai rejoint mes parents…
Alors que nous nous apprêtions à partir, le couple nous a doublé. J’ai piqué un fard. Ils sont passés devant nous le plus naturellement du monde.
Les joues de la femme étaient rosies. Elle souriait. Elle avait l’air heureuse.

Voilà.
Atsuko s’est tu, elle s’est blottie contre mon épaule. Nous sommes restés ainsi une dizaine de minutes. Malgré la fraîcheur de l’air, malgré la pluie.
Plus tard, alors que nous nous promenions le long du lac, j’ai rêvé de proposer à Atsuko de faire comme l’homme et la femme de son souvenir. Mais je n’ai pas trouvé les mots. Je n’ai pas osé.

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