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jeudi 26 février 2015

Inventaire - Ljubljana

1536e jour - Pour bien faire, il faudrait que j’entreprenne la liste des posts, pour ne pas me répéter, que je devrais dorénavant m’interdire : les errances dans les pas de Modiano, les considérations sur la marge, la périphérie, les réflexions sur les bas-côtés des rues, des routes, des trottoirs…  En bonne place, figureraient sans doute aussi les dissertations sur ce que l’on perçoit d’une cité quand on l’observe d’un promontoire – un texte où il serait fait mention de la rumeur de la ville, comme un murmure.

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mercredi 25 février 2015

La femme sur le banc - Ljubljana

1535e jour - Quand je l’ai aperçue, je me suis dit que j’allais écrire un texte sur une femme en train de lire, assise sur un banc, vue d’abord de dos (je pouvais imaginer toute une histoire)… Et puis, je me suis dit que cette histoire-là, j’avais déjà dû l’écrire… Je me suis contenté de prendre une photo. J’ai passé mon chemin.

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mardi 24 février 2015

50 shades of grey - Ljubljana







1534e jour - L’immeuble, dès que je l’ai aperçu, je ne saurais dire pourquoi – peut-être parce qu’il semblait squatté, abandonné – m’a fasciné. J'ai tourné autour, longuement, le photographiant sous tous les angles.
À la radio, comme en surimpression, passait une émission centrée sur 50 Shades of Grey, le film. Une bande de journalistes moqueurs, et pour une fois d’accord entre eux évoquaient toute l’insipidité de la chose. Et moi, tout en les écoutant d’une oreille, j’essayais de voir au-delà de la poussière sur les vitres, espérant secrètement surprendre un couple affairé qui aurait éclairé les propos des critiques d’un jour nouveau.
Je n’ai rien vu. Il n’empêche : le bâtiment pour moi maintenant restera définitivement associé au film.

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lundi 23 février 2015

Le visage flou de Joe Cocker - Ljubljana


1533e jour - Dans la Ljubljana que j’ai traversée, Joe Cocker était encore vivant – il s’apprêtait à donner un concert. Mais ses traits déjà s’effaçaient. Joe Cocker, en réalité, n’était plus qu’un fantôme…
Joe Cocker, 20 mai 1944 - 22 décembre 2014

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dimanche 22 février 2015

À la demande d’Ana - Ljubljana







1532e jour - Ana, qui est slovène et que j’ai rencontrée il y a peu, m’a demandé : Mais alors, tu vas partout dans le monde ? C’est dingue ! Et tu es déjà allé à Ljubljana ?
D’un signe de tête, j’ai signifié que non, pas encore. Alors, elle s’est empressée d’ajouter : Et tu irais pour moi, pour voir. Je suis curieuse de voir ce que tu en ramènerais.
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Rentré chez moi, plus tard, j’ai réalisé – comment avais-je pu oublier ? – que j’avais déjà passé une petite semaine dans la capitale slovène. J’ai failli prévenir Ana de cet incroyable oubli. Et puis, je me suis dit que non, que de toute façon la Ljubljana que j’avais jadis visitée ne pouvait en aucun cas être semblable à celle que je croiserais maintenant que je la connais, elle. J’ai décidé d’aller voir.

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vendredi 14 février 2014

Retour de mémoire - Ljubljana


1192e jour - À Ljubljana, je me suis souvenu qu’enfant j’ai passé des heures à observer les détails de cartes postales ; à la loupe. Je me promenais dans les images, je regardais les véhicules, les bâtiments, les enseignes, les passants.
J’adorais la trame qui, sous la loupe, devenait apparente. J’adorais qu’un visage ne soit alors qu’en ensemble relativement réduit de points alignés les uns contre les autres.


J’accumulais les cartes à la façon d’un collectionneur. Je les rangeais dans des cartons à chaussures (j’empilais les cartons les uns par-dessus les autres).
J’affectionnais tout particulièrement les vues de plages – elles éveillaient mes premiers troubles.


J’y passais réellement, concrètement, des heures. Cette passion a duré plusieurs années.
Et voilà, ici à Ljubljana, observant la ville du haut d’une colline, zoomant pour en deviner un peu plus d’une silhouette aperçue au loin, je me suis souvenu de la loupe, des cartes postales. Et j’en ai été, c’est troublant, incroyablement ému.

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jeudi 13 février 2014

Suspendues par dizaines - Ljubljana



1191e jour - Chaussures suspendues, centre historique de Ljubljana.
CONSTAT 1. Rarement, j’en ai vu autant de réunies mais il n’y a pas un continent où je n’ai vu des chaussures pareillement suspendues sur les fils électriques.
CONSTAT 2. Certains affirment – quand elles sont en moins grand nombre – qu’elles sont là pour signaler un point de deal ; d’autres évoquent des rituels adolescents ou une tradition lors des mariages. Sans doute les réalités sont-elles multiples.
CONSTAT 3. Même si les lacets ficelés rendent l’accrochage des plus ludiques, je rêve de voir suspendus d’autres attributs vestimentaires : blousons ou pantalons.
QUESTION. Comment on arrive-t-on à coincer ainsi une paire de chaussures ? L’acte est-il prémédité ? Se trimballe-t-on, par exemple, toute la soirée les chaussures dans un sac avant de s’en débarrasser ? Ou alors, complètement bourré, se déchausse-t-on en pleine
rue ? Repart-on ensuite en chaussettes, titubant, content de soit, hilare ?…

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mercredi 12 février 2014

Si un jour… - Ljubljana

1190e jour - Si un jour j’écris un roman, sans doute y trouvera-t-on une fille habillée de noir et, dans la rue, un homme pour la suivre.
L’histoire se déroulera à New York ou Ljubljana, peu importe.
Elle montera dans un bus ; avec l’homme, sans qu’elle ne le remarque, à ses trousses.
Il s’installera derrière elle exactement. Et alors que le bus traversera les paysages urbains, lui contemplera sa nuque, une de ses épaules. Il observera grains de beauté et micro-cicatrices. Et la façon dont les cheveux se courbent ou se répandent au contact des reliefs du corps.
Ainsi, pour eux, commencera le voyage.

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mardi 11 février 2014

Et pourtant, ici, j’ai été le plus heureux des hommes - Ljubljana

1189e jour - Celui que tout le monde appelle “l’écrivain slovène” dit : C’est ici que j’ai écris mon premier livre publié. Et aussi le second, celui qui a connu un succès retentissant chez vous. Oui, dans cette guérite !
Aujourd’hui, mon travail est mondialement reconnu, je suis invité à participer à des colloques aux États-Unis ou en Australie, je vis dans une magnifique villa. Mon bureau, à lui seul, est huit fois plus grand que cette guérite. Et pourtant. C’est sans doute à cette époque-là que j’ai été le plus heureux des hommes.
On avait dégoté ce boulot de garde avec mon cousin : lui faisait les matinées, moi les après-midi.
On avait la radio, la télé. L’été, on sortait les chaises, on passait l’essentiel de notre temps à l’extérieur. L’hiver, il n’était pas rare qu’il y ait soixante centimètres de neige. Pour se chauffer, on avait juste un radiateur d’appoint – on a eu les pieds glacés plus souvent qu’à notre tour. Mais c’était un boulot tranquille.


Et puis, dans cette guérite, pendant plus d’un an, j’y ai passé mes nuits. À l’époque, l’usine n’était pas encore aux trois-huit. Elle fermait à  vingt heures. Le patron m’aimait bien, je venais de quitter ma femme, je n’avais nulle part où loger : il m’avait autorisé à y dormir. J’avais une natte, un duvet que je remisais la journée dans ma voiture.
Je dormais recroquevillé sous le bureau, après avoir écrit mon lot quotidien de pages. J’étais heureux.
Sur une étagère étaient posés mes dictionnaires, à côté de ma machine à écrire. Et puis un ou deux livres, Nabokov, Cendrars… Les gars de l’usine se demandaient ce que je pouvais bien avoir tant à écrire… Je ne sais pas s’ils savent ce que je suis devenu, et ce qu’ils peuvent bien en penser.

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