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jeudi 14 janvier 2016

Lieux - Terezin


1626e jour - Il y a les lieux tels qu’ils sont aujourd’hui, l’Atypik (page 12 : Je m’assois sous les larges parasols de l’Atypik, seul restaurant aux abords de la place centrale, fréquenté en son temps, m’a-t-on raconté, par l’écrivain Arnost Lustig, survivant de Terezin, d’Auschwitz et de Buchenwald, sauvé par le bombardement de la locomotive du train qui le conduisait à Dachau, Lustig qui s’est mis à écrire des romans parce que personne ne voulait entendre ce qu’il avait à dire), le Parkhotel (page 13 : Sous les fenêtres du Parkhotel, il y a le toit des chênes, des maronniers, des pins. Une femme à vélo passe, silencieuse, sous les frondaisons).



Il y a les lieux tels que les nazis avaient décidé, monstrueuse mystification, de les mettre en scène dans un film de propagande (page 23 : Sur l’herbe du parc et celle des remparts, dans un film de propagande, j’ai vu des silhouettes assises, couchées, lisant ou flânant au soleil. Deux femmes s’éloignent sur une route droite. Des enfants jouent au foot, des adolescentes en short font de la gymnastique. Les membres d’une équipe féminine, griffures sur le noir et blanc granuleux de l’image, courent sur la surface d’un terrain), les lieux que les représentants de la croix-rouge, cyniquement dupes, évoquèrent au retour d’une visite (page 226 : Pendant deux heures et sans aucune objection de la part d’officiers et civils allemands qui m’accompagnaient, écrit Paul Dunant dans son rapport, j’ai pu inspecter tout ce qui au cours de la visite du 6 avait provoqué ma curiosité. De cette promenade […] je rapporte la même impression que nous avons eue, le Dr Lehner et moi, au cours de notre visite du 6 et la conviction qu’aucune mise en scène spéciale n’avait été préparée pour cette visite officielle).

Et puis, il y a Terezin telle qu’elle était vraiment : une ville-prison antichambre de l’extermination.

Une île, une Forteresse d’Hélène Gaudy, éditions Inculte, 2016.

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mercredi 13 janvier 2016

Antichambre - Terezin


1625e jour - Troisième jour dans les pas d’Hélène Gaudy et troisième extrait d’Une île, une Forteresse, cette fois-ci page 33 :
Ceux qui sont là ne savent pas encore où mène le sas où ils sont retenus prisonniers. Il n’y a que des rumeurs, des bruits de couloirs, des pensées qui s’insinuent et se répandent, trop atroces pour y croire. À l’été 1943, un convoi de plus de mille enfants arrive à Theresienstadt en provenance de Bialystok, en Pologne. Ils sont malades, rachitiques, on les isole dans des baraques, personne ne peut leur parler. Alors qu’on les mène à la douche, ils hurlent, paniquent. Dans leurs cris, on entend le mot “gaz”. Eux savent ce qui se passe “à l’Est”.

Une île, une Forteresse d’Hélène Gaudy, éditions Inculte, 2016.

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mardi 12 janvier 2016

Multipliant les masques et les visages - Terezin


1624e jour - Deuxième jour dans les pas d’Hélène Gaudy, deuxième extrait d’Une île, une forteresse, page 10 :
Les branches de l'étoile ne sont plus reliées à rien. La petite forteresse est un musée, les remparts ont l’inutilité fossile d’un squelette ou d’une ruine. La ville, qui compte moins de trois mille habitants, est devenue un maillon d’une autre chaîne, un point sur le circuit touristique qui relie Prague au reste de la Bohême. Comme on visite Auschwitz après les merveilles de Cracovie, on atterrit à terezín au sortir du pont Charles, à peine remis de la montée vertigineuse au château, de la vue sur les vignes et les rues de Malá Strana. On la dirait sèche, la ville. Essorée de son histoire. Multipliant les masques et les visages jusqu’à ce qu’on ne voie plus rien, plus grand-chose, du ciel, des toits, comme un air de maquette, de carte mal dépliée.

Une île, une Forteresse d’Hélène Gaudy, éditions Inculte, 2016.

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lundi 11 janvier 2016

Une île, une forteresse - Terezin

1623e jour - Le livre est en librairie depuis peu. Il ’appelle Une île, une Forteresse. Il est d’Hélène Gaudy. Il parle d’une ancienne forteresse militaire devenue antichambre d’Auschwitz. Il parle d’une ville prison, de rapports troubles entre image et mensonge, de vrai, de faux, de faux-semblants. Et parce que l’écriture d’Hélène Gaudy est brillante, tout en retenue, incroyablement juste, j’ai eu envie de suivre ses pas…




Une île, une Forteresse, premier étape du voyage, page 152 :
Assise sur cette place si vaste et si pleine de soleil, j’avais laissé traîner mon regard sur les bâtiments qui m’entouraient. Ce n’est qu’au bout de longues minutes que j’avais réalisé la présence de l’Antikos bazar ou de ce qu’il en restait. J’avais regardé partout sauf juste devant moi. C’était bien les mêmes montants de béton, le même espace entre les vitres […]
L’Antikos bazar était devenu une épicerie sur le fronton de laquelle on lisait, entre autres, cigarety, alkohol, napoje, droguerie, longée par un vieil homme en short, de hautes chaussettes dans ses sandales de cuir, qui parcourait, inlassable, le trajet entre le passage clouté et le trottoir. Ses allers-retours étaient si rapides que je devais me dépêcher de photographier la façade, d’appuyer sur le déclencheur avant qu’il revienne se placer dans le cadre sans sembler me voir.

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