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lundi 12 février 2024

La maison anthropomorphe - Kyoto


3284e jour - Elle est saisissante, avec ses yeux, son nez, sa bouche. Elle abrite un atelier-boutique – ooo, creative studio & shop. On y vend ou expose des images, des cartes postales, des abats-jours, des tabourets… Je suppose que l’architecture des lieux attire les visiteurs…




Le bâtiment cependant n’a pas toujours abrité une activité commerciale. Ça a été, dans le passé, un lieu d’habitation. Pour preuve la dernière des images ci-dessus qui date de septembre 2013.



Ceci dit, je me suis surtout demandé découvrant la maison anthropomorphe si on l’apercevait d’avion. Et, dans ce cas, si la vision d’un tel visage au cœur de la ville était saisissante…

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dimanche 4 mai 2014

Kokedama - Kyoto

1271e jour - À Kyoto, j’ai également rencontré une spécialiste des kokedama, des décorations végétales construites sur des “sphères de mousse” en lieu et place de pots.
Toute une soirée durant, dans un anglais approximatif et confus (mais passionnée), elle tenta de m’initier aux subtilités de son art, mélange de techniques ancestrales – Nearai, Kusamono, Bonsaï.
Elle essaya de m'expliquer les ruses qu’elle avait dû elle-même déployer, à force de tâtonnements. Tout le secret était dans la composition du substrat (un mélange à base d’argile noire) qui devait être adapté à chaque plante…
Elle me raconta ses échecs cuisants : fleurs qui dessèchent, sphères de mousse qui se délitent…
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Elle aurait bien aimé m’offrir un de ses kokedama. Mais je fus obligé de décliner l’offre – comment le ramener à Paris ?
Elle s’appelait Emiko. Je me demande bien ce qu’elle est devenue et si elle vit aujourd'hui de ses compositions florales (elle en avait l’intention quand je l’ai croisée).

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samedi 3 mai 2014

Le travail du deuil - Kyoto



1270e jour - Trois jours plus tard, nous nous promenons dans Kyoto et Sachiko dit : Ça a quelque chose d’étrange… C’est comme si mon frère était présent partout, là, autour de moi… Je ne sais pas si tu les as remarqués mais nous venons de passer devant des joueurs de baseball et aussitôt je me suis souvenue de lui enfant, une batte à la main et une casquette des Dodgers vissée sur le crâne. Plus tôt, aujourd'hui, je suis passée devant le café où il avait l’habitude de donner ses rendez-vous. J’ai cru l’apercevoir attablé… Et ce matin, je me suis retrouvée à proximité d’un carrefour qu’il avait tenu, une fois, à me montrer. Nous avions fait un détours pour cela… Il était fasciné par le marquage au sol qu’il y avait là. Il m’avait fait remarquer : C’est génial, non, toutes ses bandes blanches qui se croisent ? Vu du ciel, ça doit dessiner un incroyable motif.

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vendredi 2 mai 2014

Un pas vers la mort - Kyoto



1269e jour - Finalement, après avoir ramassé le courrier, nous montons chez le frère de Sachiko.
L’appartement est grand pour Kyoto – une soixantaine de mètres carrés, grand et
lumineux ; propre et rangé. Sachiko dit : Avant d’entrer à l’hôpital, mon frère a mis de l’ordre dans ses affaires. Comme s’il savait… Lui qui était si bordélique a trié, ordonné… La première fois que je suis revenue dans l’appartement après son décès, l’espace d’un instant je me suis demandé si je m’étais trompée de porte ou d’étage… Tout cet ordre, ça ne lui ressemble pas. Mais en même temps… Peut-être était-ce sa façon à lui de faire un pas vers la mort.

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jeudi 1 mai 2014

1-7-6-3… - Kyoto

1268e jour - Hier, j’ai accompagné Sachiko alors qu’elle allait relever le courrier de son frère. Sur le chemin, elle dit : Bien sûr, je pourrais le faire suivre, ça serait plus simple mais en même temps j’en profite pour arroser ses plantes… Ah, ses plantes ! Je ne sais pas ce que je vais en faire. Il en avait tellement et je n’ai pas la main verte. Et c’est petit chez moi. Il faudrait que je les donne…


Chez le frère de Sachiko, pour ouvrir la boîte aux lettres, comme souvent au Japon, il s’agit d’actionner une roue crantée, de réaliser une combinaison de chiffres, comme avec un coffre-fort. Sachiko dit : Je ne connaissais pas la combinaison. Je l’ai devinée ! En fait, je me suis souvenu de celle du cadenas qui fermait son journal intime quand il était adolescent – je le lisais en cachette, j’ai honte. À tout hasard, je l’ai essayée… 1-7-6-3… C’était la bonne !

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mercredi 30 avril 2014

Vingt-trois jours plus tard - Kyoto

1267e jour - Sachiko… Un dimanche en début d’après-midi alors que nous passons devant par hasard, elle tient à me faire visiter l’école dans laquelle elle donne ses cours.
Nous traversons des couloirs, nous grimpons des escaliers. L’établissement est vide. Nos pas résonnent.
Nous finissons par arriver devant ce qui est sa classe. Je pénètre religieusement. Elle se tient derrière moi. Je sens son souffle sur ma nuque.
La salle est vide de tout signe distinctif et je ne peux m’empêcher de penser que ça c’est quand même très japonais.
J’observe son micro bureau… Une fraction de seconde je l’imagine, elle, allongée dessus, jupe relevée. Et moi qui la prends. Comme dans un mauvais porno. Mais j’entends sa voix dans mon dos.

Elle dit : J’étais assise là, à la pause, il y a vingt-trois jours exactement quand mon téléphone a sonné – je l’avais rallumé pour consulter d’éventuels messages. J’ai entendu une voix d’homme que je ne connaissais pas. C’était un des internes de l’hôpital où était mon frère. Je me souviens vaguement de mots : opération, hémorragie, défaillance cardiaque… Les élèves commençaient à arriver… Je ne savais quoi faire… Alors, j’ai rassemblé mes affaires. Et comme s’il y avait eu un feu, je me suis mise à courir. J’ai dévalé les escaliers. Je me suis retrouvée dans la rue. Et là, à ma surprise d’une certaine façon, je me suis mise à crier.

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mardi 29 avril 2014

Métaphore, mise en abyme - Kyoto

1266e jour - Mise en abyme : un miroir dans un monde lui-même miroir. Et cette fille qui photographie et dont on ne voit qu’un reflet, en elle je me reconnais.

Métaphore : des mots pour dessiner les contours du monde… Écrire pour couvrir… Là aussi, forcément, je devine comme un écho à ma démarche.

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lundi 28 avril 2014

Trois filles à vélo - Kyoto

1265e jour - Quelques rues durant elles se sont suivies, avec toujours une égale distance entre elles, si bien que j’ai fini par les croire sœurs ou amies – du moins ensemble. Mais l’une d’elle (celle qui fermait la marche) a fini par prendre à droite alors que les deux autres continuaient. Et puis, au carrefour suivant, celle qui était devant a posé pied à terre alors que l’autre poursuivait sa route, disloquant ainsi définitivement le peloton éphémère.

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dimanche 27 avril 2014

Gardien de nuit - Kyoto


1264e jour - Ichiro n’a pas toujours été détective : il a commencé par être gardien de nuit pour différents consortiums industriels.
Il hantait des lieux souvent vides de toute présence.
Il dit : Je n’arrivais généralement pas à dormir alors je passais des heures à errer ou bien, le front collé contre une vitre, à observer le dehors.
Quand le verre autour de ma bouche finissait par être trop embué, je me déplaçais.
Je me souviens d’une fois où une moto a brûlé sur le trottoir d’en face – je n’avais pas vu comment ça avait démarré. Je m’étais demandé s’il fallait intervenir. Mais finalement, je n’avais pas bougé…
Une autre fois, j’ai surpris un couple en train de faire l’amour sur le parking de l’entreprise. Le pantalon de l’homme tombait sur ses mollets, la jupe de la femme était relevée… Il se tenait derrière elle… Elle sursautait à chaque élan de son partenaire… J’ai tenté ce jour-là de les photographier avec mon téléphone mais à l’époque je n’avais pas un appareil aussi performant qu’aujourd'hui. Ça n’avait rien donné : juste une masse floue dans la nuit en lieu et place de leurs corps.

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samedi 26 avril 2014

L’amour des temps morts - Kyoto

1263e jour - Ichiro n’a pas vingt-cinq ans mais il parle comme un type plein de métier. Il dit : Mon boulot consiste essentiellement à suivre des gens dans Kyoto. Des hommes, des femmes. Des heures durant. Ma tenue préférée pour me fondre dans le décor est celle d’un salaryman lambda. Je pousse le vice, pour parfaire mon costume, jusqu’à glisser des mangas dans mon attaché-case pour rendre son volume plus crédible.
Souvent il ne se passe rien mais j’observe.


Parfois, je me tiens sur le même trottoir que la personne que je suis, parfois sur le trottoir d’en face. Parfois je m’approche, parfois je ralentis pour me laisser distancer – c’est comme s’il existait un fil élastique entre moi et ma “proie” que je choisis au grès des humeurs de plus ou moins tendre.
J’adore quand il pleut même si je finis par être trempé car mon parapluie est un paravent derrière lequel je me cache. J’ai l’impression, alors, d’être totalement transparent. Je me colle, tout près – vraiment tout près. Jusqu’à sentir le parfum de la personne que je suis.


Quand il s’agit de prendre des photos, j’utilise mon téléphone, c’est pratique. Avant, les gars devaient user de mille ruses pour dégainer leurs appareils – souvent avec des zooms insensés. Ils étaient confrontés aux limites des pellicules, ils ne voyaient qu’au développement le résultat de leur travail… Même depuis que j’ai commencé, les appareils ont fait des progrès incroyables. Oui… Mais ça reste un métier fatigant. Il ne faut pas avoir peur de marcher ou de poireauter des heures durant sans qu’il ne se passe rien. Mais moi ça me va. Au contraire même. J’adore les temps morts.

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vendredi 8 juin 2012

Sanjō Ōhashi - Kyoto

711e jour - Lecture…
Au Japon ceux qui s'aiment ne disent pas je t'aime d’Elena Janvier, extrait :
KAMOGAWA
La Kamo est un paysage inutile. Pas de péniche, pas de bateau-mouche, même les hérons y ont pied. On ne sait où elle va, elle ne se perd dans aucun océan, aucune mer, aucun lac. Pas d'avenir, pas de profondeur. Elle ne sert à rien qu'à reprendre dans ses reflets les lumières des maisons de thé sur les berges, quelques néons rouges ou violets. Et aussi, l'enseigne du Starbucks au pont Sanjo, qui était autrefois le bout de la route de Tokaido qu'on voit sur les estampes de Hiroshige.

Au Japon ceux qui s'aiment ne disent pas je t'aime, Elena Janvier, éditions Arléa

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