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lundi 15 janvier 2018

La patronne de l’Ocean Plaza - Asbury Park




2106e jour - Elle se prénomme Rachel. Elle tient l’ocean Plaza depuis bientôt dix ans. Elle dit : “C’est un drôle de hasard qui m’a amené là, une histoire d’amour. Il y a vingt ans, vous m’auriez dit que je tiendrais un jour un hôtel, je vous aurais ri au nez. À l’époque, j’étais infirmière. J’aimais mon métier. Je vivais dans le Connecticut, à Hartford. Et puis, il y a eu feu mon deuxième mari. Pour lui, j’ai tout plaqué. C’est fou ce qu’on est capable de faire par amour. Un jour, il m’a dit : “Viens, on s’en va, on refait notre vie. C’est simple, regarde.” Il a pointé au hasard sur une carte des États-Unis, il est tombé sur Asbury Park. Mais le plus drôle, dans toute cette histoire, c’est que quand j’étais gamine, chez mes parents, punaisée au mur, il y avait une carte postale ancienne sur laquelle l’Ocean Plaza était indiqué. Je ne me souviens plus qui l’avait envoyée. Cet hôtel, c’était comme un lieu imaginaire pour moi. Je passais tous les jours devant l’image mais jamais je n’aurais imaginé le voir en vrai, alors m’en occuper, vous pensez…

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vendredi 12 janvier 2018

L’arbre d’enfance - Asbury Park

2105e jour - Elle dit : “L’été, je passais mes journées dans cet arbre. Mon père avait fabriqué une cabane. Il avait bien fait les choses. Il y avait de micro-fenêtres par lesquelles je pouvais observer la vie de la maison, ou alors chez les voisins – tu n’imagines pas le nombre de trucs que j’ai découverts de là-haut. J’y lisais beaucoup aussi. Même si ce n’était pas hyper-confortable, j’y passais des heures. C’est là que j’ai lu Moby Dick ou l’Île au Trésor… Cette cabane c’était chez moi, tu vois. Personne n’avait le droit d’y monter. Il n’y a eu qu’une seule exception : un camarade de classe dont j’étais follement amoureuse. Il s’appelait Paul. Je ne sais pas comment mais un jour j’ai trouvé le courage de l’inviter. Les vacances venaient juste de commencer, on devait avoir une dizaine d’années… Il est monté avec moi. On a regardé les oiseaux sur la branche, là. Ils étaient tout près. Il trouvait ça dingue, il n’arrêtait pas de le chuchoter. Mais moi, les oiseaux, je m’en foutais un peu. Tout ce que je voulais c’est qu’il m’embrasse mais cet imbécile ne l’a jamais fait.”

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jeudi 11 janvier 2018

L’aube - Asbury Park


2104e jour - Premières lueurs du jour. Pas un chat sur la plage, même pas un jogger. Je veux prendre du recul, embrasser du regard la ville entière. Je progresse de rocher en rocher, plein de prudence, mais il faut croire que les précautions que je prends ne sont pas suffisantes : très vite – il suffit d’une légère glissade –  je me retrouve les pieds trempés. Je n’ai pas de chaussures de rechange, je le sais. Je vais passer la journée dans des baskets mouillées. Dans l’instant, je m’en fous, je déclenche, heureux du paysage qu’il m’est donné de photographier.

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samedi 11 décembre 2010

Revue de presse du week-end - Le New Jersey de Bruce Springsteen

186e jour - En 1997, Serge Kaganski, journaliste, et Jérôme Brézillon, photographe, sont allés explorer “Sprinsteenland”, un coin de New Jersey qui fait écho à des wagons entiers de chansons du Boss. Les Inrockuptibles, à l’occasion d’un hors-série qui est consacré au chanteur republient l’intégralité du reportage.



Le récit débute dès la descente de l’avion. Extrait : À la sortie de l’aéroport de Newark, on n’a pas roulé deux kilomètres que voilà déjà le péage du New Jersey Turnpike, l’autoroute qui traverse l’État. Ce lieu tout à fait ordinaire, emprunté quotidiennement par des milliers de travailleurs new-yorkais et banlieusards, donne le signal d’entrée dans la mythologie springsteenienne.
Pour preuve, les premières phrases de la chanson State Trooper sur l’album Nebraska : New Yersey Turnpike ridin’ on a wet night ‘neath the refinery’s glow, out where the great black rivers flow.




Qui part à la chasse aux souvenirs springsteeniens se doit de débuter par Freehold, là où Bruce Springsteen a grandi. Nos deux acolytes visitent ainsi les maisons qu’il a habité, les écoles où il a étudié, une station essence – celle de Ducky Slattery – où il a attrapé le virus de la mécanique.

Et puis, ils plongent sur Asbury Park – haut lieu springsteenien s’il en est : une station balnéaire passée de mode, une ville fantôme, un Pompéi moderne, un paysage urbain aussi dévasté que Beyrouth ou Sarajevo.
Depuis, si j’en crois une rapide enquête menée sur le net après avoir découvert des lieux, dans StreetView, pas si délabrés que ça, Asbury Park semble connaître une relative seconde jeunesse sous l’impulsion notamment d’une communauté gay dynamique.




Au 702 de Cookman Street (images ci-dessus), se dresse l’immeuble à l’étage duquel se trouvait l’Upstage où Springsteen a fourbi ses premières armes, jammant très tard dans la nuit avec les Southside Johnny, Dannu Federici ou autres Miami Steve.




En suivant maintenant Ocean Avenue, on passe devant l’Empress Hotel, bâtiment devant lequel Springsteen s’est souvent fait photographier
ou alors le Sunshine In où il avait l’habitude de se produire.
Au croisement d’Ocean et Third Avenue se trouve le Stone Pony ou Bruce Springsteen vient régulièrement passer des soirées et taper le bœuf avec le groupe du jour. En 1984, c’est là qu’il a lancé, par un concert surprise, la tournée Born in the USA.




La déambulation se poursuit. Les lieux s’enchaînent. Ils ont pour noms Wonder Bar, Fast Lane ou Student Prince et tous disent un peu de la géographie intime du chanteur – la plongée est passionnante.
Ah oui, aussi : les photos de Jérôme Brézillon qui accompagnent le texte sont à tomber par terre.

Le hors-série des Inrockuptibles Bruce Springsteen, il était une fois en Amérique est actuellement en kiosque.
Quant aux autres posts de la revue de presse (Libération, So Foot, Le Mensuel, Zmâla, Rue89...), ils sont ici.