vendredi 10 mai 2013

Ostalgie Park - Budapest

1030e jour - J'ai reçu ce message – il était signé Christer Ek :
Juste avant d'arriver à Budapest (ou après, selon le sens du voyage), n'oublie pas de t'arrêter à SzoborPark, ils y ont recyclé toutes les anciennes statues et sculptures de l'époque communiste.
Sur le champ, je me suis téléporté.







SzoborPark. La banlieue lointaine. On est au sud de la ville. Presque à la campagne.
Des panneaux publicitaires le long de la route, et puis des arches de briques, des baraquements (des bâtiments qui ont tout l'air d'être des baraquements).
C'est là, en plein air, depuis 1993, que sont conservées les œuvres monumentales du passé.
Derrière des arbres, derrière des murs : des martyrs, des pères fondateurs, des ouvriers exemplaires, de vaillants soldats…


L'espace est gardé par Lenine. Et Marx, et Engels.
Et en face, dans le prolongement des baraquements, trônent deux bottes étonnamment posées sur un socle de béton. C'est ce qu'il reste de la statue de Staline, celle qui fut renversée lors de l'insurrection d'octobre 56.
Quant à la tête, celle qui avait tant été photographiée, difficile de savoir ce qu'elle est devenue.


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jeudi 9 mai 2013

Le village des gens à vélo - Battonya





1029e jour - Battonya, un village près de la frontière avec la Roumanie. Une dizaine de droites en guise de rues.
Milieu de matinée. Le village est désert. Encore nappé de brume.
Les seules personnes que je croise – une particularité locale ? – sont à vélo.

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mercredi 8 mai 2013

Histoires de neige - Nyíregyháza



1028e jour - Un court instant, avant de comprendre, je me suis demandé ce que pouvaient être ces cailloux semés en bordure de chaussée.
Et puis, j'ai réalisé que c'était les restes – mélangés de sable – de la neige déblayée sans doute quelques jours plus tôt.




Plus loin, ailleurs, j'ai pris du temps pour observer dans le détail des traces que des roues de voitures avaient laissé dans une fine pellicule de neige encore fraîche.
j'ai trouvé tout cela fort graphique.

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mardi 7 mai 2013

La panne - Nyíregyháza

1027e jour - Il suffit que j'aperçoive une voiture coffre et capot ouverts sur le bord de la route pour que se mette en branle tout un processus fait de questions… La voiture est-elle en panne ? Quelle sorte de panne ? Combien étaient-ils à l'intérieur ? Hommes ? Femmes ? Enfants ? Quel était le but du trajet ? Est-il compromis ? Et s'il n'y a pas de panne pour quoi ces coffres et capots ouverts ?…
Parfois, instantanément, s'impose à moi un scénario. J'imagine une histoire.
Parfois, je ne sais quel fil tirer. Et je reste devant mes images, rempli d'expectative. C'est un peu comme si à mon tour je connaissais une sorte de panne. Je cherche mais ne vois pas. Je fais avec.

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lundi 6 mai 2013

Toute une époque - Debrecen

1026e jour - Un jour, peut-être, tombera-t-il sur des archives, sur ce blog, sur cette image. Il croira reconnaître sa mère, il en sera ému. Il lui montrera la photo. Elle
confirmera : oui, oui, je reconnais le manteau, les bottes. C'est quand on habitait à Debrecen. Et puis, c'est toi, il n'y a pas de doute. Mon petit István. Dieu que tu étais charmant. Tu avais à peine quelques mois.
Alors, lui, il voudra montrer l'image à ses enfants – Vous voyez, là, c'est votre papa ! Il expliquera : les ordinateurs, les écrans, Street View… Toute une époque !

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dimanche 5 mai 2013

Journal de résidence - Debrecen






1025e jour - 17 mars. Aujourd'hui, j'étais invité par les gens de l'alliance française à visiter les salles du musée Déri consacrée à Mihály Munkácsy. Mais j'ai prétexté une gastro pour me faire porter pâle.
Toute l'après-midi, je me suis promené dans l'ouest de la ville.
À un moment, au volant d'une voiture qui passait, j'ai cru reconnaître une des filles de l'alliance (ce n'était pas elle).
Ensuite, je me suis demandé ce qu'ils penseraient, tous ces gens de la “culture”, s'ils me découvraient, plutôt que de contempler des œuvres, en train d'errer en pareil endroit.

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samedi 4 mai 2013

Traquer Ellroy, l'enquête parallèle (sous l’œil du Tigre - 2)

1024e jour - Petit rappel : GianPaolo Pagni, illustrateur-affichiste-peintre de génie tient une rubrique mensuelle dans le Tigre. Cela s’appelle Enquête au tampon.
Sur une page, chaque mois, il dresse le portrait d’une personnalité, en creux, à partir de traces trouvées.
Techniquement, il se rend en un lieu qu’il sait lié à ladite personnalité, il engrange des indices dont il prend les empreintes ; ensuite, il dresse l’inventaire de ses découvertes.
Au fil des mois, il a déjà traqué Carla Bruni, Mao Tsé-Toung, Sophie Calle, Jacob et Wilhelm Grimm, Georges Perec ou Saint François d’Assise (pour ceux que cela intéresse, les précédentes enquêtes au tampon sont consultables ici).
Dernièrement, GianPaolo Pagni m’a proposé que nous enquêtions en parallèle, chacun avec nos outils, lui dans le Tigre, moi sur Dreamlands. Nous avons traqué David Lynch à Paris. C'était début mars.
L’expérience s’est avérée enthousiasmante, au point que nous ayons envie de remettre ça.
Du coup, fin mars, j’ai reçu ce mail :
Salut Olivier,
Je vais enquêter sur James Ellroy.
En 2011, il a déjeuné dans ce resto :
Le Télégraphe - 41 rue de Lille 75007 Paris - Tél : 01 58 62 10 08
en compagnie d'un éditeur et du dessinateur de bd Miles Hyman (c'est lui ma source).
Si ça te branche je pourrais te donner des infos plus précises concernant la date.
L’enquête, pour moi, pouvait commencer.


Insert 1 
James Ellroy, au hasard d’une interview : “Qu’est-ce que j’en ai à foutre de Paris, de Sacramento ou Rome ?” (L’Hebdo).
La date précise du rendez-vous au Télégraphe est le 30 janvier 2011. Un dimanche d’hiver, ni particulièrement froid ni particulièrement gris (+ 1° C ; des éclaircies).
James Ellroy est en pleine campagne de promotion de La Malédiction Hilliker. Une semaine déjà qu’il est en France. Le 24 janvier, il a fait une lecture d’extraits au Théâtre Marigny, debout derrière un pupitre – voix puissante, diction précise. “Parfois un geste ample, un hurlement démentiel, une expression argotique soulève la salle.” (Le Figaro).
Le 25, il était à Rouen (librairie l’Armitière). Dédicace.
Le 26, il était à Lille (Le Furet du Nord). Dédicace…
Le 31 (le lendemain du rendez-vous), il signait au Virgin Megastore des Champs-Elysées.
Il a également enchaîné les interviews, nombreuses. Hebdos, télés, radios…
Sur internet, rétrospectivement, on peut le suivre à la trace. On peut savoir, chaque jour, comment il était habillé : pull noir par-dessus une chemise, pull rouge vif…
En janvier 2011, il a le crâne rasé. Il porte des lunettes à monture métal. Il a soixante-deux ans. Il a fait le déplacement parisien avec Erika Schickel qu’il a rencontrée pendant qu’il écrivait le livre. Il est amoureux. Il en parle dans les interviews.
Pendant que lui enchaîne les rendez-vous, Erika Schickel joue à la touriste. 


Et puis, donc, il y a ce repas du dimanche au Télégraphe. Un éditeur. Et Miles Hyman.
Insert 2
En janvier 2012, une adaptation du Dahlia noir sera annoncée : scénario de Matz (aidé par David Fincher !), images de Miles Hyman. La BD étant alors prévue pour début 2013. Sauf grand retard, elle ne devrait pas tarder à se retrouver en librairie.
Il y a des chances que l’éditeur mentionné par GianPaolo Pagni soit François Guérif car c’est lui l’initiateur du projet. En janvier 2011, on est encore en pleine phase de négociation (Ellroy est du genre coriace, il ne sera pas facile à convaincre).
Qui a choisi le Télégraphe ? Autour de quoi ont tourné les conversations hors négociations ? On peut émettre des hypothèses. Il faudrait demander. À Miles Hyman, par exemple (plus facile de le contacter lui, plutôt que James Ellroy). Mais se souviendrait-il ? Et puis cela est-il si important.
J’essaye d’imaginer les trois hommes. Dans la grande salle (6,30 m de hauteur sous plafond). Ou sous la verrière qui donne sur le jardin intérieur. Les deux scénarios ont leur charme.
Un verre de Monbazillac à l’apéritif. Une conversation quasi chuchotée ; et parsemée d’éclats parce que quand même ! C’est Ellroy.


Le bâtiment (1905 ; Art nouveau) est classé Monument historique, Ellroy le sait-il ?
Lui qui vient d’écrire un livre sur les femmes de sa vie – sur son obsession des femmes – sans doute serait-il amusé d’apprendre (ou l’a-t-il était s’il l’a appris) qu’avant de devenir un restaurant, les lieux étaient la Maison desDames des Postes, Télégraphes & Téléphones. Une drôle de dénomination en ce début de XXIe siècle.




Le bâtiment, en fait, hébergeait les opératrices qui géraient les communications téléphoniques – ces voix qui vous demandaient quel était le numéro de correspondant que vous désiriez joindre. Et elles étaient nombreuses, ces opératrices. Elles logeaient dans les étages (elles étaient souvent originaires de province) : cent onze chambres sur sept étages. Avec trois bains-douches par niveaux.
Elles prenaient leurs repas dans la grande salle à manger ouvrant sur le jardin d’hiver, là même où Ellroy a déjeuné. Et pour passer le temps, quand elles ne travaillaient pas, elles lisaient ou écrivaient à leurs parents restés en province.
À l’époque, Orsay, juste à côté, n’était encore qu’une gare.


Le numéro 29 du Tigre (mai 2013). Sortie le samedi 4 mai 2013.
La couverture annonce : MEXIQUE / CONJUNTOS / TACHYGRAPHE / CAMIONS / RIMBAUD / PHOTOGRAPHIE / BÂCHES / LYCORNE / REMORDS / LAPIS LAZULI / ELLROY / TRÉSORDURES / CONCORDE / POUBELLES / HÉLIUM / MÉSANGE.
Ce numéro est disponible : en kiosques et en librairies, au prix de 5 euros ; en vente en ligne ; en vente au format électronique (PDF) au prix de 4 euros.




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vendredi 3 mai 2013

Une idée de la ville (de la vie) - Debrecen

1023e jour - Elle s'appelait Danuta. Elle travaillait pour l'office du tourisme.
À longueur de journée, elle vantait le dynamisme de la ville. Et son patrimoine (maigre patrimoine) : la grande église calviniste, le musée Déri et sa section d'Égypte ancienne.
À longueur de nuit, elle se plaignait de la ville – étriquée, triste, loin de tout.
Elle rêvait d'occident – de sexe, faute de mieux, et d'occident. Elle imaginait possible – pas de sots métiers – de finir dans l'industrie du porno.
Elle avait 21 ans.
Elle me disait :
Si tu veux te faire une idée de Debrecen, c'est simple : promène-toi dans la ville. Tu comprendras vite.
J'ai passé une quinzaine de nuits avec elle. Et puis, fin de résidence, je suis reparti.
Je ne sais pas ce qu'elle est devenue.

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jeudi 2 mai 2013

Première lumière hongroise - Debrecen


1022e jour - La Hongrie devient un territoire possible. Alors je me parachute au hasard, fébrile.
À Debrecen plutôt qu’à Budapest. Pour voir.
Premiers pas en Hongrie.
Une fin d'après-midi. Un soleil bas. Une belle lumière.
Et cette enseigne. Et ce train qui passe…

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mercredi 1 mai 2013

Une ville désertée - Namie

1021e jour - Des feux de signalisation qui continuent de fonctionner malgré tout.
Des vélos garés en nombre à proximité de la gare.
Des canettes dans les distributeurs de boissons – les dates de péremption sont-elles dépassées ?
Des prospectus qui débordent parfois encore des boîtes aux lettres, malgré les mois passés.
Des pneus qui, faute de rouler, se dégonflent.
Des herbes folles qui gagnent des espaces qui leur étaient jusque-là étrangers.
Des façades qui finiront par tomber…
Namie, dans la zone évacuée, à proximité de la centrale de Fukushima. Avant le 21 mars 2011, la ville aujourd'hui désertée comptait 21 000 habitants.
Les seules personnes que l'on croise, maintenant, sont soit des militaires qui veillent à ce que personne ne pénètre la zone, soit des agents chargés de prendre des mesures de radioactivité.
Une question me hante parmi d'autres : à quoi ressemble la ville la nuit quand il n'y a plus aucun bruit ?

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