1218e jour - Je l’ai observée, attentif, et j’ai voulu voir en elle le miroir de toutes mes lassitudes, de toutes mes fatigues. Mais dans l’instant qui a suivi elle s’est redressée, enjouée, souriante, presque hilare en fait.
Décontenancé mais heureux de cette claque offerte à mes atermoiements, j’ai décidé de rebondir.
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mercredi 12 mars 2014
mardi 11 mars 2014
L’envers de l’allégorie - Carthagène
1217e jour - À longueur de temps, j’aperçois des intérieurs, subrepticement. Je devine des ombres, des silhouettes. Je les interprète. J’imagine des individus, des intérieurs…
Je ne sais, en réalité, rien de ces espaces que je croise.
C’est un peu comme une grotte de Platon mais à l’envers. Ici ce n’est pas l’extérieur qui constitue le mystère mais tous ces antres où se répand la vie.
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lundi 10 mars 2014
Fait d’hiver -Carthagène
1216e jour - C’était au cours de la nuit de la Saint-Sylvestre ; passage à la nouvelle année du côté de Carthagène, Colombie. C’était à proximité du port. À minuit, toutes les cornes de brume des porte-containers s’étaient mises à hurler, bientôt relayées par les éclats des feux d’artifice de pacotille.
Il était maintenant cinq heure. La nuit retrouvait son calme, le jour n’allait pas tarder à se lever.
Le type, apparemment, avait passé la nuit seul chez lui à picoler – aguardiente plus whisky ; en grande quantité. La logique aurait voulu qu’il s’assoupisse. Mais non, au lieu de ça, il trouva la force de sortir une carabine, d’ouvrir la fenêtre de son salon, bien décidé à dégommer les père noël exposés sur le balcon de ses voisins d’en face – il n’en rata aucun. Il agit sans raison apparente si ce n’est une aversion profonde pour les choses de noël et les festivités en général.
Outre les père noël, il brisa quelques vitres et décapita un canari dont la cage était suspendue un peu plus loin.
Une vingtaine de coups puis le silence…
La porte d’entrée, chez lui, était ouverte et c’est dans son lit que les policiers venus pour l’appréhender le découvrirent. Il ronflait, comme un bienheureux, complètement nu, son arme posée à ses côtés.
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Il était maintenant cinq heure. La nuit retrouvait son calme, le jour n’allait pas tarder à se lever.
Le type, apparemment, avait passé la nuit seul chez lui à picoler – aguardiente plus whisky ; en grande quantité. La logique aurait voulu qu’il s’assoupisse. Mais non, au lieu de ça, il trouva la force de sortir une carabine, d’ouvrir la fenêtre de son salon, bien décidé à dégommer les père noël exposés sur le balcon de ses voisins d’en face – il n’en rata aucun. Il agit sans raison apparente si ce n’est une aversion profonde pour les choses de noël et les festivités en général.
Outre les père noël, il brisa quelques vitres et décapita un canari dont la cage était suspendue un peu plus loin.
Une vingtaine de coups puis le silence…
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Une fois le forfait accompli, enfin, il se sentit disposé à se coucher.La porte d’entrée, chez lui, était ouverte et c’est dans son lit que les policiers venus pour l’appréhender le découvrirent. Il ronflait, comme un bienheureux, complètement nu, son arme posée à ses côtés.
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dimanche 9 mars 2014
Les voyages (vertigineux) des autres - Manaus
1215e jour - Hier, suite à mon dernier post sur Manaus, j’ai reçu un message accompagné d’une capture écran (image du haut) envoyé par Éric Adam, un de mes contacts sur Facebook. Dans ce message, il expliquait qu’il était allé sur les lieux de mes pérégrinations du jour : Cette fois-ci, j’ai trouvé votre Amazone, avec en prime un superbe reflet de la voiture Google aux couleurs locales (blanc, vert, jaune et rouge) dans la voiture noire en stationnement. Mais à propos de cette voiture noire, quel est donc l’animal qui se cache en-dessous (à la hauteur de la porte passager avant) ?
Oui, pas de doute, Éric Adam s’était bel et bien parachuté sur les lieux de mon image : même femme avançant, mêmes voitures garées… Je trouve cela fascinant, vraiment – et assez vertigineux. Je veux dire qu’il soit allé se promener sur les lieux que j’avais explorés. Je trouve cela fantastique, alors que je ne les nommais pas expressément, qu’il les ait retrouvés. C’est un peu comme si ça leur conférait un peu plus de réalité encore…
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Et sinon, quant à l’animal qui se cache sous la voiture, nous sommes, Éric et moi, tombés d’accord assez vite pour supposer qu’il s’agit d’un chien dont on aperçoit le museau (il y a pas mal de chiens qui traînent dans le quartier). Mais si vous pensez avoir meilleure réponse, n’hésitez pas à vous manifester !/////// Si vous avez aimé ce post, peut-être apprécierez-vous celui-ci.
samedi 8 mars 2014
Et puis, bien sûr, il y a l’Amazone - Manaus

1214e jour - Et puis, bien sûr, à Manaus, il y a l’Amazone, le fleuve des démesures – le fleuve des piranhas, des anacondas géants, des dauphins roses (le bassin de l'Amazone contient, paraît-il, environ le quart de toutes les espèces animales répertoriées sur la planète).
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vendredi 7 mars 2014
Et aussi… - Manaus
1213e jour - Les territoires que je traverse sont tous chargés de “et aussi”. À Manaus, ce pourrait être ces autocollants “Jésus” fixés sur capots et pare-brises (j’en ai vu une demi-douzaine). Ou une fille, robe rouge, qui dévale une ruelle. Ou un jeune enfant presque nu en équilibre au-delà des ferronneries qui protègent une fenêtre. Ou un homme occupé à peindre. Ou une rue en double pente, étonnante perspective. Ou des tongs remisées à l'entrée d'une maison. Ou bien encore un écran de fumée…
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jeudi 6 mars 2014
Une après-midi à Manaus
1212e jour - Des chaussées défoncées, des tas, des amoncellements, des traces, des coulures, des marques, des bruits, de la couleur… Des coups de klaxon, des éclats de voix, des pétarades – beaucoup de motos de petite cylindrée… Et cette devise brésilienne qui me tourne dans la tête : Ordem e Progresso (“Ordre et progrès”)
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mercredi 5 mars 2014
La filature - Manaus
1211e jour - Quand elle était enfant, quand elle allait à l’école, les premières années, sa mère la suivait de loin pour s’assurer qu’elle arriverait sans encombres.
Aujourd’hui, les rôles se sont inversés. Sur le même trajet ou presque. Quand sa mère se rend à l’épicerie, c’est elle qui la suit, qui reste une cinquantaine de mètres en arrière et qui guette.
Elle a peur. À cause de la maladie. Il est déjà arrivé, une fois, qu’on l’appelle de l’autre bout de la ville. Sa mère traînait sans avoir la moindre idée du chemin de retour. Heureusement, ce jour-là, elle se souvenait encore de son nom, de celui de sa fille… Mais il n’en ira pas toujours ainsi ; elle le sait.
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mardi 4 mars 2014
Premier contact - Manaus
1210e jour - L’homme est caché par la remorque de son camion. Il hurle dans son téléphone. Je ne comprends rien ou presque de ce qu’il dit – à peine un prénom, peut-être, qui semble revenir : Luisa.
Je suis fasciné par sa voix qui porte.
Il vitupère. Il part en éclats.
Parfois, il semble implorer, parfois il semble exhorter.
Il fait les cent pas. Jamais il ne va au-delà du cul de la remorque. Je n’ose m’approcher pour voir à quoi ressemble son visage.
Voilà. Premier contact avec Manaus. À proximité de l’embarcadère des camions qui s’apprêtent, à bord de ferry monumentaux, à prendre l’Amazone.
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Je suis fasciné par sa voix qui porte.
Il vitupère. Il part en éclats.
Parfois, il semble implorer, parfois il semble exhorter.
Il fait les cent pas. Jamais il ne va au-delà du cul de la remorque. Je n’ose m’approcher pour voir à quoi ressemble son visage.
Voilà. Premier contact avec Manaus. À proximité de l’embarcadère des camions qui s’apprêtent, à bord de ferry monumentaux, à prendre l’Amazone.
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lundi 3 mars 2014
Il m’arrive… - Toronto
Il m’arrive de me perdre dans l’observation du motif de la moquette qui couvre les marches d’un escalier…
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dimanche 2 mars 2014
Le réveil des sourds - Toronto
1208e jour - L’homme dit : Il m’arrive de ne pas être présent au monde…
Un temps passe avant qu’il ne rajoute : Par exemple, le jour où j’ai appris pour ma maladie. Le médecin a baissé d’un ton pour me parler. J’aurais dû immédiatement m’en inquiéter. Mais non, au lieu de ça, je me suis mis à rêvasser…
Alors qu’il commençait à me lire les résultats de mes analyses – un peu comme s’il s’agissait des cours de la bourse –, moi, plutôt que de me concentrer sur ce qu’il m’annonçait, je me suis mis à observer l’horloge qui était posée sur son bureau, affichage digital. J’ai regardé une minute s’envoler. Et puis je me suis mis à me demander – je ne m’étais jamais posé la question jusque-là – comment faisaient les sourds pour se réveiller tous les matins, je veux dire sans réveil. J’ai supposé qu’ils disposaient de systèmes électroniques, vibrants ou lumineux. Mais avant, quand tout était mécanique ? – j’en étais là de ma réflexion quand le médecin a fait une pause dans son diagnostic pour savoir si j’avais bien compris, si j’avais des questions… J’ai été obligé de le faire répéter. Je n’avais rien écouté.
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Un temps passe avant qu’il ne rajoute : Par exemple, le jour où j’ai appris pour ma maladie. Le médecin a baissé d’un ton pour me parler. J’aurais dû immédiatement m’en inquiéter. Mais non, au lieu de ça, je me suis mis à rêvasser…
Alors qu’il commençait à me lire les résultats de mes analyses – un peu comme s’il s’agissait des cours de la bourse –, moi, plutôt que de me concentrer sur ce qu’il m’annonçait, je me suis mis à observer l’horloge qui était posée sur son bureau, affichage digital. J’ai regardé une minute s’envoler. Et puis je me suis mis à me demander – je ne m’étais jamais posé la question jusque-là – comment faisaient les sourds pour se réveiller tous les matins, je veux dire sans réveil. J’ai supposé qu’ils disposaient de systèmes électroniques, vibrants ou lumineux. Mais avant, quand tout était mécanique ? – j’en étais là de ma réflexion quand le médecin a fait une pause dans son diagnostic pour savoir si j’avais bien compris, si j’avais des questions… J’ai été obligé de le faire répéter. Je n’avais rien écouté.
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samedi 1 mars 2014
Mondes virtuels - San Diego
1207e jour - L’odeur particulière du plâtre utilisé. Les châssis de bois, le grillage couvert de papier mâché pour dessiner les volumes.
Autre odeur : celle de la colle dont il fallait badigeonner les décors encore vierges avant de les saupoudrer d’herbe synthétique.
Les voitures minuscules, si légères. Et les motrices si lourdes au regard des wagons.
Le plastique des bâtiments et des ouvrages d’art…
Tout me revient. Ici. À San Diego, au Model Railroad Museum.
•
Southwestern, Pacific Desert Line, Arizona Eastern Railway… Je passe de salle en salle. J’avance de paysage en paysage… Je saute d’un monde à l’autre.Et je fais face, de toute évidence, à une drôle de métaphore de mon voyage quotidien.
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