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samedi 21 juin 2014

L’homme sur le bout du quai - Athènes

1319e jour - Avant, quand il travaillait encore, il venait là les week-ends, pour pêcher. Aujourd'hui, il est au chômage et il ne pêche plus.
Il vient presque tous les jours mais se contente de se poser sur son bout de quai. Il regarde les ferrys entrer et sortir. Il dit que ça suffit à le combler, que c’est une façon comme une autre de méditer et même peut-être de devenir sage.
Ça ne le dérange pas que je le bombarde de questions. Au contraire, je crois que ça l’amuse. Ainsi, j’apprends qu’il était, il y a peu encore, maçon. Mais il n’y a plus guère de boulot, particulièrement pour les gens de sa génération…
Il est né à Tripoli dans le sud du pays, au pied du mont Apano-Khrépa. Il pense qu’il y retournera bientôt, pas le choix, pour aller vivre chez sa sœur qui elle est restée là-bas. Les ferrys lui manqueront, c’est sûr mais que voulez-vous… Il dit : vous devriez, vous le globe-trotter, aller y jeter un œil, c’est une ville paisible… Je promets d’y faire un saut. Dès que possible.

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vendredi 20 juin 2014

Une affreuse migraine - Athènes

1318e jour - J’étais face à cette affiche quand le téléphone a sonné. C'était J. Elle était à Roissy, elle s’apprêtait à prendre un avion qui allait l’éloigner encore un peu plus de moi. Si elle appelait c’était pour savoir, avant de s’envoler, si je considérais encore que nous sortions ensemble.
Il n’y avait pas un souffle de vent dans Athènes ce jour-là. La chaleur était suffocante. J’avais une affreuse migraine – je rêvais de Prontalgine ou, faute de Prontalgine, de Doliprane.
J’aurais dû – enfin – avoir le courage de lui répondre que non mais je n’en ai pas eu la force. Je lui ai même juré que je l’aimais. Nous avons raccroché sur cette fausse certitude.
Plus tard, je l’ai imaginée suspendue au-dessus de l’Atlantique. Je me suis demandé, s’éloignant, ce qu’elle attendait de moi.

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jeudi 19 juin 2014

Bombés - Athènes


1317e jour - Cela pourrait tenir de la confession – ce serait un aveu : la plupart du temps, je me fous royalement des murs bombés (tags ou graffs). Il m’arrive d’en photographier, il m’arrive de vouloir en relever les mots mais bon, cela ne va pas plus loin.
En tant qu’indices de la vie urbaine, ils devraient retenir mon attention mais non, je passe généralement devant sans même y jeter un œil. Sauf qu’aujourd'hui, sur une voie rapide à la périphérie de la ville, je suis tombé sur ces plaques antibruit translucides surprises dans le contrejour d’un soleil déjà bas. Et j’ai trouvé ça très beau.

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mercredi 18 juin 2014

Autres cœurs croisés - Athènes



1316e jour - À Athènes, j’ai suivi un homme qui s’apprêtait à prendre un ferry pour les îles. Toujours sur le port, j’en ai vu un autre – visiblement un chauffeur de minibus – qui faisait les cent pas.


J’ai aperçu aussi – installé sur sa moto, téléphone à la main – le sosie parfait de feu un de mes anciens collègues de travail, un type qui pouvait entrer dans un bar en milieu de matinée et lancer à la cantonade : Ah ! Dix heures et quart, c’est l’heure du Ricard !


J’ai observé une femme – elle farfouillait dans son sac et ressemblait bigrement à F. quand celle-ci n’avait pas encore trente ans. Je me suis demandé, si je me mettais à la draguer, si avec elle aussi j’aurais mes chances.

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mardi 17 juin 2014

La belle Hellène - Athènes

1315e jour - J’ai baratiné son cousin pendant près d’une heure – j’ai même dû finir par lui promettre de l’aider à repeindre la chambre de ses parents ! Mais il me fallait son adresse.
Un coup de foudre. Voilà ce que j’ai l’impression de vivre depuis deux jours.
Le cousin a fini par daigner griffonner un nom de rue, un numéro, un nom de famille accolé à son doux prénom (je ne connaissais que celui-ci jusque là).
Et puis voilà. J’ai rentré l’adresse dans le GPS, j’ai fait des zigs et des zags dans Athènes.
Je viens de découvrir la façade de sa maison (décrépie, le cousin m’avait prévenu). Et me garant, je suis en train de réaliser que je ne suis pas le seul chez qui Léna a su éveiller des sentiments : un autre a déjà manifesté, de façon fort ostensible, qu’il est sur les rangs.

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lundi 16 juin 2014

Plage - Athènes




1314e jour - Lundi. Seul événement marquant de la journée : avoir observé des gens sur la plage – notamment une femme en train de se couvrir de crème solaire.
C’était sur une de ces plages faméliques au sud-est de la ville, le long des voies rapides.
La femme n’était pas particulièrement attirante. Elle n’avait rien, en fait, de remarquable. Pourtant je l’ai observée longuement, de loin… La cuisse droite, la cuisse gauche… Elle étalait avec application.
C’était en fin de matinée. Le soleil tapait déjà fort. À un moment, une voiture dans mon dos a klaxonné et j’ai pensé que c’était moi qu’on interpellait, qu’on me prenait pour un voyeur, quelque chose comme ça. Mais non, l’avertissement était adressé à un cycliste qui venait de griller une priorité. Rien de bien grave. Tout est très vite rentré dans l’ordre. Je suis revenu à la femme sur la plage.
Voilà. Je crois que c’est à peu près tout.

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dimanche 15 juin 2014

Un moment de poésie - Athènes


1313e jour - J'aime les marges des villes. Ce n’est pas un quelconque penchant esthétique qui me guide, non, je les trouve même souvent désespérément moches. Mais elles existent, ces marges, et ce serait pure folie de vouloir les ignorer.
Je réalise aujourd'hui que ce goût a sans doute également à voir avec un besoin récurrent de positiver : j’observe et j’espère systématiquement que surgisse de cette médiocrité un instant de grâce, un moment de poésie.

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samedi 14 juin 2014

L’étalon de la gloire - Athènes

1312e jour - Je me promène dans Athènes et je pense à Grenoble, à mes parents qui vivaient là… Ça n’a jamais été simple de leur expliquer le sens de mon voyage… Ils éprouvaient, je suppose, une certaine fierté mais sans trop comprendre les tenants et aboutissants d’une pareille quête.
Lors de l’une de mes dernières visites à mon père – il était hospitalisé ; c’était au moment de la sortie d’Éclats d’Amérique – je lui ai montré des articles dans Chronic’Art et dans Libération, j’ai évoqué des interviewes sur le Mouv ou sur France Culture.
Dans ce que je ne savais pas encore être un de ses derniers souffles, il a murmuré : C’est bien… Peut-être un de ces jours, avec un peu de chance, auras-tu une critique dans le Dauphiné Libéré.
Ce n’était pas de l’humour. Pour lui, le Dauphiné Libéré était l’étalon ultime en matière de consécration.
Quelques secondes plus tard ce jour-là, alors que je pensais le sujet clos, il a rajouté : Je l’espère… Je l’espère pour toi. De tout mon cœur.

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vendredi 13 juin 2014

L’autre armée de l’onde - Athènes

1311e jour - Il y a même pas une semaine, sur l’Île de Jinmen, je me suis retrouvé, sur une plage, face à une armée de rondins de bois. Aujourd'hui à Athènes, c’est devant une armée de béton que je suis propulsé ; et je ne peux m’empêcher de tenter de concevoir l’ampleur des dégâts qu’elle pourrait occasionner, elle aussi, si elle se mettait en branle.

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jeudi 12 juin 2014

Lettre à Ianna - Athènes






1310e jour - Chère Ianna,
Je viens d’arriver à Athènes. Je découvre ce que je considère peut-être à tord alors que tu vis en France depuis trente-six ans comme “ton pays”. 
J’ai passé ma première journée ici à courir d’un point à l’autre de la ville sans autre but que de m’en faire une idée.
Avançant, je me suis demandé comment, toi qui est grecque, tu la vois, cette ville. Et aussi si tu aurais pu, si tu avais suivi un itinéraire identique au miens, t’arrêter sur les mêmes détails que moi – des voitures bâchées (dont l’une pourtant en piteux état), un wagon aperçu au-delà d’un grillage, un terrain de foot transformé en parking, un camion sur le port…

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