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samedi 22 mars 2014

Chacun son monde - Bogota


1228e jour - Le trajet promet d’être long (des embouteillages). Bercé par les vibrations du moteur, il s’est endormi. Peut-être rêve-t-il. Peut-être est-il totalement ailleurs… Peut-être même s’imagine-t-il quelque part en France, dans le onzième arrondissement de Paris par exemple – dans un appartement au fond d’une cour arborée, des enfants jouent dans la pièce à côté et lui, face à un écran, il s’imagine voyager dans un autre monde…

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vendredi 21 mars 2014

À en perdre la tête - Bogota

1227e jour - Cette peinture murale, je l’ai cherchée durant des heures. Je savais juste qu’elle était sur les hauteurs de la ville ; je ne connaissais ni nom de rue ni quartier.
J’ai marché jusqu’à l’épuisement. À chaque croisement ou presque, dans un espagnol approximatif, mimant pour me faire comprendre, je demandais si on la connaissait.


Si je voulais tant la trouver, c’est à cause de Julia. Parce que je savais qu’avant de s’installer en France, elle avait vécu là, juste en face – les fenêtres de sa chambre donnaient sur l’espèce de Charlie à la tête coupée. Elle m’avait raconté ça – une confidence parmi d’autres – au cœur d’une nuit parisienne alors que nous étions allongés enlacés. Je ne sais pas pourquoi ce détail en particulier m’avait marqué.
Quand elle a su que j’allais faire ce voyage en Colombie, elle m’a demandé, amusée, de lui rapporter un souvenir : elle était curieuse de voir ce que pouvait être un souvenir de Bogota pour moi qui étais français. J’ai sur le champ pensé à la peinture murale, à la description qu’elle m’en avait faite. J’allais en prendre une photo ! Une façon comme une autre, me semblait-il, de lui dire quelque chose…

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jeudi 20 mars 2014

L’énigme - Bogota

1226e jour - La femme sort de la boutique – SantaFe Suite, tenues courtes et flashy visiblement pour les filles qui travaillent dans le coin. Elle est pieds nus. Elle court, semble-t-il, vers l’homme sur la moto. Lui-même, du reste, paraît tourné vers elle.


Mais une seconde plus tard, il est passé. En fait, s’il avait la tête tournée c’était juste pour voir s’il pouvait s’engager sur l’avenue.
La moto, maintenant l’a doublée. Elle court toujours. Elle fixe, de toute évidence, un point dans l’espace sur sa gauche.
L’instant d’après, alors que moi aussi je continue d’avancer, un immeuble en premier plan me cache la suite de la scène. Je n’ai pas la possibilité de faire demi-tour, de revenir en arrière.
La femme a déjà disparu à tout jamais. Et avec elle le mystère de sa course aux pieds nus.

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mercredi 19 mars 2014

Attendre l’orage des fins d’après-midi - Bogota

1225e jour - Plusieurs jours durant attendre, presque dans l’impatience.
Le ciel qui vire, l’air qui change.
Les fenêtres sont ouvertes en grand.
Dans la boutique, en-dessous, une radio tonitruante, son saturé – des voix d’hommes, de femmes exaltés.
Bientôt – du moins, je l’espère –, il y aura le premier éclair, de premières grosses gouttes éparses qui feront penser, une fois qu’elles auront touché le sol sec, à des cerises éclatées.
Suivront les grands fracas, le déluge. La radio, en bas, maintenant couverte par le rideau de pluie, ne sera plus qu’un son lointain entrecoupé de grésillements.
L’eau soufflée par d’intermittentes rafales mouillera le linoleum de la chambre.
Je me tournerai alors vers le lit, vers ta silhouette endormie.

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mardi 18 mars 2014

Les rêves d’un vigile - Bogota

1224e jour - La première fois qu’ils se sont parlés c’est alors qu’un potentiel client cherchait à la violenter. Lui, il était venu à la rescousse. Il avait sorti son flingue. L’autre, en face, n’était pas armé.
Régulièrement, ils échangent ; ils parlent de tout et de rien, de leurs patelins d’origine par exemple – il est de Cali ; elle vient de Bucaramanga dans le nord du pays.
Jamais ils n’ont couché ensemble. Jamais. Il aimerait bien… Pour le remercier, la première fois, elle aurait pu lui proposer un dédommagement en nature – il l’a espéré – mais elle ne l’a pas fait.
Parfois, il se dit qu’il pourrait sortir une poignée de billets, une fois son service terminé, et lui proposer de monter. Mais, putain, il a l’impression qu’avec elle, maintenant qu’il la connait, jamais il ne pourra oser.


Parfois, il se dit aussi qu’il faudrait lui proposer de tout plaquer. De faire un casse et avec le pognon de se barrer. De vivre une vie d’amour.
Peut-être qu’elle accepterait.
Il rêve à ça quand il monte la garde devant la banque, quand il est seul, quand elle, dans le mystère d’une chambre sordide, elle ferme les yeux ou observe le détail des fissures du plafond alors qu’un gros porc essaye tant bien que mal de la baiser.

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lundi 17 mars 2014

La tristesse des filles de joie - Bogota






1223e jour - Histoire sans paroles…

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