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mercredi 11 mai 2016
Sur les traces de l’Ange Blanc - Slavoutytch
1701e jour - Si je suis venu à Slavoutytch, c’est parce que je suis tombé sur un reportage sur le site du journal Le Temps, centré sur le travail photographique de Niels Ackermann. Sur le champ, j’ai été subjugué par les instants saisis des vies de Ioulia, de Kiril, de Jenia ou de Katia, enfants de cette ville insensée. Le reportage m’a amené à un livre récemment sorti : L’Ange Blanc du même Niels Ackermann publié par les éditions Noir sur Blanc, livre aux photos magnifiques, merveilleusement mises en lumière par des textes d’Andreï Kourkov ou de Gaetan Vannay.
Pour information, l’Ange Blanc du titre est une sculpture monumentale, érigée en 2012 sur la place centrale de la ville et pour laquelle, en passant, les habitants de Slavoutytch se sont privés d’eau chaude pendant plus d’un mois afin de lui offrir un socle.
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mardi 10 mai 2016
Vivre à Slavoutytch
1700e jour - Aussi insensé que cela puisse paraître, il y a eu une époque où des habitants d’Odessa ou de Kiev échangeaient volontiers leurs appartements contre un logement à Slavoutytch. Les gens croyaient réellement que l’avenir, ici, serait meilleur, radieux bien qu’irradié. Mais tout, en fait, y est comme partout ailleurs. Enfin, non, pas exactement. Ceux qui travaillent à la centrale ou dans la zone contaminée sont au régime des quinze/quinze : quinze jours de boulot, quinze jours de récupération. C’est un drôle de rythme. Les temps d’oisiveté, que ce soit dans la rigueur de l’hiver comme dans la touffeur de l’été, se perdent souvent dans l’alcool, la drogue et le sexe. Les gens, ici, meurent plus de leurs excès que de la radioactivité accumulée. Dans la région, paraît-il, on dit qu’à Slavoutytch personne ne dort jamais dans un seul lit.
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lundi 9 mai 2016
Aux limites de la “Zone” - Slavoutytch
1699e jour - Et puis un jour j’ai découvert l’existence de Slavoutytch. Slavoutytch est la ville la plus récente d’Ukraine. Elle a été construite peu après la catastrophe de Tchernobyl pour loger les ouvriers chargés de continuer à faire fonctionner la centrale (trois des réacteurs de celle-ci sont restés en activité jusqu’à l’orée des années 2000) tout comme ceux ayant pour mission de décontaminer la “Zone”.
Slavoutytch a été construite pas très loin de la rive orientale du Dniepr, à une cinquantaine de kilomètres à l’Est de la centrale, sur le trajet d’une ligne de chemin de fer existante qui menait à Tchernobyl. Aujourd’hui encore plus de 3000 personnes empruntent chaque jour un train qui les dépose au pied de la centrale afin d’y travailler.
Les architectes soviétiques les plus renommés ont œuvré pour dessiner une ville modèle qui ferait oublier les raisons de sa naissance. L’idée était de bâtir les meilleurs logements, les meilleurs hôpitaux, les meilleures écoles, les meilleurs jardins d’enfants, les meilleurs complexes sportifs.
Chaque quartier de Slavoutytch est le reflet de l’origine des bâtisseurs venus en renfort. Ils sont venus d’Ukraine, bien sûr, mais aussi de Russie, d’Estonie, de Lettonie, de Géorgie, de Lituanie, d’Azerbaïdjan ou d’Arménie. Le tuf rose distingue, par exemple, le quartier d’Erevan et ses gigantesques grills en plein air rappellent les traditions culinaires arméniennes.
Attirés par les conditions favorables octroyées par les autorités et par un niveau de vie bien plus confortable qu’ailleurs à l’ESt, des milliers de jeunes travailleurs sont venus s’installer là, dès l’inauguration de la ville. Slavoutytch, deux décennies durant, s’est vécue comme une ville jeune, dynamique (en 2001, près d’un tiers de la population avait moins de quinze ans). Mais la jeune génération née dans le relatif luxe d’une cité nouvelle et idéale se retrouve confrontée aujourd’hui à l’inconfort de l’âge adulte dans un pays en crise et dans une ville à l’avenir très incertain.
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