dimanche 11 mai 2014

Beaucoup… - Lamma Island (hong Kong)


1278e jour - Il m’arrive de me réfugier ici, sur Lamma Island. Sur la plage de Lo Shing pour être précis.
J’aime que sur l’île il n’y ait pas la moindre voiture (seulement des voiturettes électriques pour les livraisons et des mini-ambulances).


Je loge chez les Tcheng. Ils ont acheté, il y a une vingtaine d’années, une baraque de pêcheur qu’ils ont retapé ; une seule pièce avec un coin cuisine, un canapé-lit, une table, deux chaises, un fauteuil. Et la douche comme les W.-C. à l’extérieur.
Les journées s’enchaînent. Le temps se dilue.


Je m’assois sur le semblant de plage qui donne sur la promenade et je contemple la ville fourmilière sur l’horizon. Ou alors, je suis la course des tankers, des portes-containers.
Tous les soirs, je me promène sur le chemin côtier. Dans les clapotis de l’eau, dans le soleil couchant, je marche. Je marche longtemps. Il m’arrive de croiser des gens du village. Nous nous saluons – parfois même nous échangeons quelques mots.
C’est à peu près tout. Ce n’est pas grand chose. C’est déjà beaucoup.

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samedi 10 mai 2014

Peut-être un jour - Medellin


1277e jour - La pause déjeuner touche à sa fin, il va falloir y retourner… Ils aimeraient rester là plutôt. Ils se sentent si bien ensemble.
Cela fait quelques temps déjà qu’ils se tournent autour. Tous deux, sans doute, aimeraient dépasser le stade des jeux complices, de l’affection assumée. Mais ils n’osent pas ; et puis il y a tout ce qu’impliquerait une véritable relation. Alors, même si elle se love parfois contre lui, même si de longues minutes durant ils gloussent, même s’il pose ses mains sur elle, il ne se passe rien.

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vendredi 9 mai 2014

Dix images de Medellin

1276e jour - Dix parmi des centaines…











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jeudi 8 mai 2014

Un demi-corps - Medellin

1275e jour - De là où je suis, je ne vois de l’homme qu’une moitié. À partir du bas de son corps, je tente d’imaginer le haut ; l’être en entier. Je fais des paris sur son âge, sa coiffure, son allure générale… Je pourrais me déplacer pour être fixé mais je ne suis pas pressé. Sans doute finira-t-il par se redresser. Alors, je verrai.

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mercredi 7 mai 2014

Les brebis égarées - Medellin





1274e jour - C’est du côté de la Calle 53 là où elle fait un coude ; là où prospère la prostitution. Des filles réglementairement vêtues de court attendent – seules ou en grappes. À hauteur de l’hôtel Tentacion, est posée contre un mur une reproduction encadrée : un Jésus berger, sans doute mis là par un bon samaritain pour protéger les brebis égarées. À moins que ça ne soit une forme d’humour…

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mardi 6 mai 2014

Au téléphone - Medellin




1273e jour - À chaque fois que je vois quelqu’un au téléphone, c’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher d’essayer d’imaginer les conversations possibles.
Une batterie de questions défile en moi parmi lesquelles : à quelle distance se trouve l’interlocuteur ? fonction de son positionnement géographique, des fuseaux, quelle heure est-il chez lui ? est-ce un homme ? une femme ? un amour ? un amant ? un parent ? un collègue ? une relation d’affaire ? ou bien encore un agent au sein d’une quelconque administration ? et les choses qui sont en train de se dire sont-elles graves ou joyeuses ? futiles ou d’importance ?…
Fonction de mon humeur, j’élabore des réponses possibles à ces questions. J’échafaude des hypothèses. Et c’est là aussi, je crois, une de mes façons de voyager.

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lundi 5 mai 2014

Des hommes à terre - Medellin








1272e jour - L’humanité, parfois, me fait l’impression d’une armée en déroute. Elle abandonne à l’asphalte ses gisants.

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dimanche 4 mai 2014

Kokedama - Kyoto

1271e jour - À Kyoto, j’ai également rencontré une spécialiste des kokedama, des décorations végétales construites sur des “sphères de mousse” en lieu et place de pots.
Toute une soirée durant, dans un anglais approximatif et confus (mais passionnée), elle tenta de m’initier aux subtilités de son art, mélange de techniques ancestrales – Nearai, Kusamono, Bonsaï.
Elle essaya de m'expliquer les ruses qu’elle avait dû elle-même déployer, à force de tâtonnements. Tout le secret était dans la composition du substrat (un mélange à base d’argile noire) qui devait être adapté à chaque plante…
Elle me raconta ses échecs cuisants : fleurs qui dessèchent, sphères de mousse qui se délitent…
Elle aurait bien aimé m’offrir un de ses kokedama. Mais je fus obligé de décliner l’offre – comment le ramener à Paris ?
Elle s’appelait Emiko. Je me demande bien ce qu’elle est devenue et si elle vit aujourd'hui de ses compositions florales (elle en avait l’intention quand je l’ai croisée).

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samedi 3 mai 2014

Le travail du deuil - Kyoto



1270e jour - Trois jours plus tard, nous nous promenons dans Kyoto et Sachiko dit : Ça a quelque chose d’étrange… C’est comme si mon frère était présent partout, là, autour de moi… Je ne sais pas si tu les as remarqués mais nous venons de passer devant des joueurs de baseball et aussitôt je me suis souvenue de lui enfant, une batte à la main et une casquette des Dodgers vissée sur le crâne. Plus tôt, aujourd'hui, je suis passée devant le café où il avait l’habitude de donner ses rendez-vous. J’ai cru l’apercevoir attablé… Et ce matin, je me suis retrouvée à proximité d’un carrefour qu’il avait tenu, une fois, à me montrer. Nous avions fait un détours pour cela… Il était fasciné par le marquage au sol qu’il y avait là. Il m’avait fait remarquer : C’est génial, non, toutes ses bandes blanches qui se croisent ? Vu du ciel, ça doit dessiner un incroyable motif.

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vendredi 2 mai 2014

Un pas vers la mort - Kyoto



1269e jour - Finalement, après avoir ramassé le courrier, nous montons chez le frère de Sachiko.
L’appartement est grand pour Kyoto – une soixantaine de mètres carrés, grand et
lumineux ; propre et rangé. Sachiko dit : Avant d’entrer à l’hôpital, mon frère a mis de l’ordre dans ses affaires. Comme s’il savait… Lui qui était si bordélique a trié, ordonné… La première fois que je suis revenue dans l’appartement après son décès, l’espace d’un instant je me suis demandé si je m’étais trompée de porte ou d’étage… Tout cet ordre, ça ne lui ressemble pas. Mais en même temps… Peut-être était-ce sa façon à lui de faire un pas vers la mort.

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jeudi 1 mai 2014

1-7-6-3… - Kyoto

1268e jour - Hier, j’ai accompagné Sachiko alors qu’elle allait relever le courrier de son frère. Sur le chemin, elle dit : Bien sûr, je pourrais le faire suivre, ça serait plus simple mais en même temps j’en profite pour arroser ses plantes… Ah, ses plantes ! Je ne sais pas ce que je vais en faire. Il en avait tellement et je n’ai pas la main verte. Et c’est petit chez moi. Il faudrait que je les donne…


Chez le frère de Sachiko, pour ouvrir la boîte aux lettres, comme souvent au Japon, il s’agit d’actionner une roue crantée, de réaliser une combinaison de chiffres, comme avec un coffre-fort. Sachiko dit : Je ne connaissais pas la combinaison. Je l’ai devinée ! En fait, je me suis souvenu de celle du cadenas qui fermait son journal intime quand il était adolescent – je le lisais en cachette, j’ai honte. À tout hasard, je l’ai essayée… 1-7-6-3… C’était la bonne !

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mercredi 30 avril 2014

Vingt-trois jours plus tard - Kyoto

1267e jour - Sachiko… Un dimanche en début d’après-midi alors que nous passons devant par hasard, elle tient à me faire visiter l’école dans laquelle elle donne ses cours.
Nous traversons des couloirs, nous grimpons des escaliers. L’établissement est vide. Nos pas résonnent.
Nous finissons par arriver devant ce qui est sa classe. Je pénètre religieusement. Elle se tient derrière moi. Je sens son souffle sur ma nuque.
La salle est vide de tout signe distinctif et je ne peux m’empêcher de penser que ça c’est quand même très japonais.
J’observe son micro bureau… Une fraction de seconde je l’imagine, elle, allongée dessus, jupe relevée. Et moi qui la prends. Comme dans un mauvais porno. Mais j’entends sa voix dans mon dos.

Elle dit : J’étais assise là, à la pause, il y a vingt-trois jours exactement quand mon téléphone a sonné – je l’avais rallumé pour consulter d’éventuels messages. J’ai entendu une voix d’homme que je ne connaissais pas. C’était un des internes de l’hôpital où était mon frère. Je me souviens vaguement de mots : opération, hémorragie, défaillance cardiaque… Les élèves commençaient à arriver… Je ne savais quoi faire… Alors, j’ai rassemblé mes affaires. Et comme s’il y avait eu un feu, je me suis mise à courir. J’ai dévalé les escaliers. Je me suis retrouvée dans la rue. Et là, à ma surprise d’une certaine façon, je me suis mise à crier.

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