vendredi 14 mars 2014

Zoom arrière - Carthagène



1220e jour - Un homme à la radio. Il dit : À longueur de temps, nous sommes bombardés de messages publicitaires qui n’ont d’autres buts que de nous vendre un monde sensé être meilleur mais, en réalité, essentiellement rempli de vide.

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jeudi 13 mars 2014

Deux corps dans l’ombre - Carthagène


1219e jour - Deux corps dans l’ombre, donc. L’un est celui d’un homme chargé sans doute d’une quelconque surveillance et qui observe, de loin, l’avancée de travaux sur une plage au nord de la ville. L’autre corps est celui d’une fillette, dans les terres, qui avance d’un bon pas et qui chantonne. Très vite, la fillette va tourner à droite et disparaître. Quant à l’homme en bordure de plage, il va rester là un long moment. L’ombre va avancer encore, l’avaler un peu plus. Et lui, perdu dans ses pensées, restera immobile.

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mercredi 12 mars 2014

La claque - Carthagène

1218e jour - Je l’ai observée, attentif, et j’ai voulu voir en elle le miroir de toutes mes lassitudes, de toutes mes fatigues. Mais dans l’instant qui a suivi elle s’est redressée, enjouée, souriante, presque hilare en fait.
Décontenancé mais heureux de cette claque offerte à mes atermoiements, j’ai décidé de rebondir.

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mardi 11 mars 2014

L’envers de l’allégorie - Carthagène


1217e jour - À longueur de temps, j’aperçois des intérieurs, subrepticement. Je devine des ombres, des silhouettes. Je les interprète. J’imagine des individus, des intérieurs…
Je ne sais, en réalité, rien de ces espaces que je croise.
C’est un peu comme une grotte de Platon mais à l’envers. Ici ce n’est pas l’extérieur qui constitue le mystère mais tous ces antres où se répand la vie.

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lundi 10 mars 2014

Fait d’hiver -Carthagène

1216e jour - C’était au cours de la nuit de la Saint-Sylvestre ; passage à la nouvelle année du côté de Carthagène, Colombie. C’était à proximité du port. À minuit, toutes les cornes de brume des porte-containers s’étaient mises à hurler, bientôt relayées par les éclats des feux d’artifice de pacotille.
Il était maintenant cinq heure. La nuit retrouvait son calme, le jour n’allait pas tarder à se lever.
Le type, apparemment, avait passé la nuit seul chez lui à picoler – aguardiente plus whisky ; en grande quantité. La logique aurait voulu qu’il s’assoupisse. Mais non, au lieu de ça, il trouva la force de sortir une carabine, d’ouvrir la fenêtre de son salon, bien décidé à dégommer les père noël exposés sur le balcon de ses voisins d’en face – il n’en rata aucun. Il agit sans raison apparente si ce n’est une aversion profonde pour les choses de noël et les festivités en général.
Outre les père noël, il brisa quelques vitres et décapita un canari dont la cage était suspendue un peu plus loin.
Une vingtaine de coups puis le silence…
Une fois le forfait accompli, enfin, il se sentit disposé à se coucher.
La porte d’entrée, chez lui, était ouverte et c’est dans son lit que les policiers venus pour l’appréhender le découvrirent. Il ronflait, comme un bienheureux, complètement nu, son arme posée à ses côtés.

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dimanche 9 mars 2014

Les voyages (vertigineux) des autres - Manaus



1215e jour - Hier, suite à mon dernier post sur Manaus, j’ai reçu un message accompagné d’une capture écran (image du haut) envoyé par Éric Adam, un de mes contacts sur Facebook. Dans ce message, il expliquait qu’il était allé sur les lieux de mes pérégrinations du jour : Cette fois-ci, j’ai trouvé votre Amazone, avec en prime un superbe reflet de la voiture Google aux couleurs locales (blanc, vert, jaune et rouge) dans la voiture noire en stationnement. Mais à propos de cette voiture noire, quel est donc l’animal qui se cache en-dessous (à la hauteur de la porte passager avant) ?


Oui, pas de doute, Éric Adam s’était bel et bien parachuté sur les lieux de mon image : même femme avançant, mêmes voitures garées… Je trouve cela fascinant, vraiment – et assez vertigineux. Je veux dire qu’il soit allé se promener sur les lieux que j’avais explorés. Je trouve cela fantastique, alors que je ne les nommais pas expressément, qu’il les ait retrouvés. C’est un peu comme si ça leur conférait un peu plus de réalité encore…
Et sinon, quant à l’animal qui se cache sous la voiture, nous sommes, Éric et moi, tombés d’accord assez vite pour supposer qu’il s’agit d’un chien dont on aperçoit le museau (il y a pas mal de chiens qui traînent dans le quartier). Mais si vous pensez avoir meilleure réponse, n’hésitez pas à vous manifester !

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samedi 8 mars 2014

Et puis, bien sûr, il y a l’Amazone - Manaus






1214e jour - Et puis, bien sûr, à Manaus, il y a l’Amazone, le fleuve des démesures – le fleuve des piranhas, des anacondas géants, des dauphins roses (le bassin de l'Amazone contient, paraît-il, environ le quart de toutes les espèces animales répertoriées sur la planète).

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vendredi 7 mars 2014

Et aussi… - Manaus






1213e jour - Les territoires que je traverse sont tous chargés de “et aussi”. À Manaus, ce pourrait être ces autocollants “Jésus” fixés sur capots et pare-brises (j’en ai vu une demi-douzaine). Ou une fille, robe rouge, qui dévale une ruelle. Ou un jeune enfant presque nu en équilibre au-delà des ferronneries qui protègent une fenêtre. Ou un homme occupé à peindre. Ou une rue en double pente, étonnante perspective. Ou des tongs remisées à l'entrée d'une maison. Ou bien encore un écran de fumée…

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jeudi 6 mars 2014

Une après-midi à Manaus



1212e jour - Des chaussées défoncées, des tas, des amoncellements, des traces, des coulures, des marques, des bruits, de la couleur… Des coups de klaxon, des éclats de voix, des pétarades – beaucoup de motos de petite cylindrée… Et cette devise brésilienne qui me tourne dans la tête : Ordem e Progresso (“Ordre et progrès”)

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mercredi 5 mars 2014

La filature - Manaus


1211e jour - Quand elle était enfant, quand elle allait à l’école, les premières années, sa mère la suivait de loin pour s’assurer qu’elle arriverait sans encombres.
Aujourd’hui, les rôles se sont inversés. Sur le même trajet ou presque. Quand sa mère se rend à l’épicerie, c’est elle qui la suit, qui reste une cinquantaine de mètres en arrière et qui guette.
Elle a peur. À cause de la maladie. Il est déjà arrivé, une fois, qu’on l’appelle de l’autre bout de la ville. Sa mère traînait sans avoir la moindre idée du chemin de retour. Heureusement, ce jour-là, elle se souvenait encore de son nom, de celui de sa fille… Mais il n’en ira pas toujours ainsi ; elle le sait.

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mardi 4 mars 2014

Premier contact - Manaus

1210e jour - L’homme est caché par la remorque de son camion. Il hurle dans son téléphone. Je ne comprends rien ou presque de ce qu’il dit – à peine un prénom, peut-être, qui semble revenir : Luisa.
Je suis fasciné par sa voix qui porte.
Il vitupère. Il part en éclats.
Parfois, il semble implorer, parfois il semble exhorter.
Il fait les cent pas. Jamais il ne va au-delà du cul de la remorque. Je n’ose m’approcher pour voir à quoi ressemble son visage.
Voilà. Premier contact avec Manaus. À proximité de l’embarcadère des camions qui s’apprêtent, à bord de ferry monumentaux, à prendre l’Amazone.

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lundi 3 mars 2014

Il m’arrive… - Toronto

1209e jour - Il m’arrive de me perdre dans la contemplation du détail d’une affiche.
Il m’arrive de me perdre dans l’observation du motif de la moquette qui couvre les marches d’un escalier…



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