dimanche 13 janvier 2013

Suggestion de présentation - Fresno


917e jour - Un plan incliné de béton, de faux rochers, une voiture présentée triomphante… J'ai l'impression que cette image suffit à en dire long sur notre époque.
 
///////
 Si vous avez aimé ce post, peut-être apprécierez-vous celui-ci.

samedi 12 janvier 2013

Frontal - Fresno

916e jour - J'aime les bâtiments photographiés de façon frontale.
J'aime quand les lignes d'une façade répondent à celles du cadre. Ou plutôt : j'aime quand l'environnement du bâtiment, par le jeu des géométries emboîtées, dessine pour celui-ci une sorte de cadre – un cadre dans le cadre.
 
///////
 Si vous avez aimé ce post, peut-être apprécierez-vous celui-ci.

vendredi 11 janvier 2013

Une nécessité - Fresno









915e jour - Prendre la route, reprendre la route – une nécessité.
Suivre des autoroutes. Croiser des déserts. Rouler et rouler encore.
Voir les heures défiler. Et les lumières. Voir le soleil se coucher. Le voir réapparaître.
Et puis, au final, se retrouver à Fresno. Là, déambuler. Sans trop de but, sans trop savoir où aller. Juste pour le plaisir de se perdre.
Chercher les traces d'une époque révolue.
Sans réfléchir, faire des images.
 
///////
 Si vous avez aimé ce post, peut-être apprécierez-vous celui-ci.

jeudi 10 janvier 2013

Archéologie de la catastrophe - Rikuzentakata

914e jour - Dans les décombres.
Le plus troublant – le plus poignant – est de tomber sur un simple jouet, sur un objet dont on sait qu'il existe au moins un double parfaitement identique chez soi.
 
///////
 Si vous avez aimé ce post, peut-être apprécierez-vous celui-ci.

mercredi 9 janvier 2013

L'ampleur de la vague - Rikuzentakata, préfecture d’Iwate

913e jour - Le bruit incessant des machines alentours – grues, bulldozers… – qui déblayent, qui remblayent, qui déplacent, qui entassent – qui donnent un coup de balais à l'échelle d'une ville.
Bruits de chantier donc. Non-stop. Assourdissants à force. On préfèrerait, pour déambuler, un silence de recueillement.
De temps à autre aussi, un oiseau. Pour rappeler que la nature est prête à reprendre ses droits pour peu qu'on ne l'anéantisse pas définitivement.
Rikuzentakata, port de pêche au nord de Sendai, près de 24 000 habitants à la veille du 11 mars 2011.
Voilà. Grâce à Memories for the Future (Pre- and post-disaster imagery in Google Street View), des images prises à l'intérieur des bâtiments devastés sont maintenant disponibles dans Street View, parfois sur plusieurs étages, dévoilant la hauteur de la vague, laissant deviner (mais peut-on vraiment l'imaginer) l'ampleur du tsunami.


Rikuzentakata Former City Office, rez-de-chaussée










Rikuzentakata Former City Office, premier étage










Rikuzentakata Former City Office, deuxième étage









Rikuzentakata Former City Office, troisième étage et toit






 
///////
 Si vous avez aimé ce post, peut-être apprécierez-vous celui-ci.

mardi 8 janvier 2013

Mort d'un dinosaure - Londres



912e jour - Il faut essayer d'imaginer la scène. Nous sommes le 16 septembre 1977. Premières lueurs de l'aube – il est cinq heures du matin.
Queen's Ride dans le sud de Londres. Un couple dans une Austin Mini. Une route déserte qui s'apprête à passer au-dessus des voies ferrées de la gare de Barnes. Une légère courbe, une ligne droite, un dos-d'âne…
C'est Gloria Jones qui conduit. Elle perd le contrôle de la voiture. Elle percute un arbre.
Gloria Jones n'est que blessée (fracture du bras et de la mâchoire). Elle est quitte pour une semaine d'hôpital. Par contre, son passager, lui, est tué sur le coup – c'est son petit ami. C'est une rock-star, le chanteur de T-Rex. Il s'appelle Marc Bolan.


Depuis, le site de l'accident est devenu un lieu de commémoration – un autel de fortune a été aménagé, des photos sont suspendues aux arbres…
 
///////
 Si vous avez aimé ce post, peut-être apprécierez-vous celui-ci.

lundi 7 janvier 2013

Pélérinage - Londres

911e jour - Une maison parmi d'autres dans Brixton. C'est ici, au 40 Stansfield Road, qu'est né, le 8 janvier 1947 à neuf heures du matin, David Robert Jones, fils de Haywood Stenton Jones (dit John) et Margaret Burns (dite Peggy).


En 1951, David Jones est entré en maternelle – à la Stockwell Infants School située à deux pas (photo ci-dessus).
Voilà. Plus tard, bien plus tard (en 1964), pour éviter qu'on ne le confonde avec Davy Jones, le chanteur des Monkees, et empruntant son pseudonyme à James Bowie, héros de la conquête de l’Ouest, David Jones choisira de se faire appeler Bowie, David Bowie.
 
///////
 Si vous avez aimé ce post, peut-être apprécierez-vous celui-ci.

dimanche 6 janvier 2013

Grand-messe (2) - Londres

910e jour - L'histoire se répète. Toujours dans Kilburn High Road, cette fois un peu plus haut.
Un autre cinéma, The Grange, devenu dans les années quatre-vingt l'une des salles de concert les plus prisées de Londres : le National Ballroom.
Ici, ont joué David Bowie, les Smiths, Johnny Cash, Paul Weller, les Happy Mondays, les Pixies, les Sugarcubes, Echo and the Bunnymen…
Depuis, le National Ballroom est devenu une église.
Mais bon, il faut dire aussi, pour contrebalancer, que dans le coin nombre d'églises sont devenues des studios d'enregistrement. Comme quoi…
 
///////
 Si vous avez aimé ce post, peut-être apprécierez-vous celui-ci.

samedi 5 janvier 2013

Grand-messe (1) - Londres



909e jour - Kilburn High Road. Avec ses 4000 places, le Gaumont State Cinema a été un temps le plus grand cinéma d'Europe. Puis c'est devenu une salle de spectacle.
Sur scène, les plus grands noms ont défilé : Frank Sinatra, Django Reinhardt, Duke Ellington, Count Basie, Marilyn Monroe, Louis Armstrong, John Coltrane, les Beatles, les Stones, David Bowie…
Depuis, le Gaumont State est devenu une église.

///////
 Si vous avez aimé ce post, peut-être apprécierez-vous celui-ci.

vendredi 4 janvier 2013

Vases communicants / Matthieu Duperrex

908e jour de voyage.


Pour une introduction à l’autonautique

On ne me reprochera pas ici, où m’invite un allié de premier rang, ce plaidoyer pour l’autonautique, science de la villégiature contemplative des routes et autoroutes.
Julio Cortázar et Carol Dunlop en donnent les principaux rudiments dans leur livre Les Autonautes de la cosmoroute (1983). Avant eux, sans doute faisions-nous de l’autonautique sans le savoir et même, peut-être, bien avant que le Congrès de la route de Milan n’entérine, en 1926 et sur proposition de la France, la dénomination autoroute pour les voies nouvelles. Encore une victoire de plume, faute de goudron, comme aime s’en flatter l’esprit hexagonal. Certains archéologues foucaldiens de la discipline considèrent toutefois que déjà Saint Pierre, sur le chemin de Damas… Mais en disputer à présent nous conduirait dans de tels chemins de traverse que je préfère sans délai couper court. Venons-en à notre science.

Une grammaire du territoire…
C’est bien assez d’effort de se rendre plus idiot que ceux qui nous contestent le titre de « science » à propos de l’autonautique. Je dis cela à dessein, Bouvard et Pécuchet comptant parmi nos maîtres les plus universellement reconnus, qui surent les premiers que le réel appelait un traité de l’idiotie. L’idiotie, en effet, se pratique avec méthode et application. Elle est une disposition à fabriquer des énoncés singuliers sur nos activités ou notre environnement les plus génériques. Elle est un jeu à l’égard du réel, que certains réduisent à un défaut d’énonciation parce qu’elle désigne et qualifie des lieux là où l’intelligence, technique et utilitariste en diable, ne voit que des prépositions.
Je m’explique (il faut suivre !). L’une des premières observations de l’autonautique est que la route opère généralement comme un distributeur de prépositions : à côté de ou bien entre, sur ou encore au milieu de farcissent ses énoncés géographiques. Toute une psychogéographie commune découle de l’énonciation automobile et des toponymies de bord de route. Passer un panneau évoque d’emblée mille choses, du clocher d’église qui figure dans le calendrier des Postes à la spécialité culinaire en passant par les derniers résultats sportifs.
Par contre, il n’y a guère d’ici dans cette sémantique, sinon sur les aires d’autoroutes où un Conseil général fait parfois la promotion des produits régionaux (et l’on dit qu’il ne faut pas fusionner les échelons territoriaux, allez comprendre !). Mais comme ces ici-là manquent souvent d’ailleurs — j’espère que vous suivez —, on est bien pressé de les quitter et d’éluder les circonstanciels de lieux pour gagner du temps.

Un art du lieu…
C’est que, dit le philosophe François Dagognet dans un des numéros des Cahiers de médiologie, la route est une « matérialité qui pousse à la mouvance ». Son attribut est bien plutôt le temps newtonien, de déplacement dans un champ de forces magnétiques, que l’espace cartésien, encore buissonnant des soubresauts de la perception (qu’on relise la Dioptrique !).
Prendre ce territoire hostile du quotidien qu’est la route, l’autoroute ou le périphérique pour cadre de nos énoncés rituels et idiots, c’est alors y réintroduire un art du lieu. Sur les aires de l’A7 qui mène à Marseille, Julio Cortázar se rend compte que « lorsqu’on regarde deux objets séparés et que l’on commence à regarder l’espace entre deux objets, quand on concentre son attention sur cet espace, sur ce vide entre les deux objets, à un moment donné, on perçoit la réalité. » Eh bien, le premier qui s’avisa un jour de s’arrêter, n’importe où sur l’autoroute, et de dire « ceci est mon lieu », celui-là fut le vrai fondateur de l’autonautique et le bienfaiteur de tous les autonautes.
L’autonautique contribue à cette perception singulière de la réalité. Je tairai ici le débat qui oppose le courant phénoménologique, qui parle de donation de la réalité, et le courant matérialiste, selon lequel la réalité est un rassemblement de multiples déterminations. Contentez-vous de retenir que l’autonautique a pour objet toutes ces routes et autoroutes qui sont le legs de la modernité pétrolifère. Elle prétend en épuiser la texture infinie et restituer toutes ses colorations, délaissant in fine les points de raccordement ou de jonction qui justifient pourtant que l’on construise semblables infrastructures.

Une science expérimentale…
L’autonautique répugne à la triste abstraction cartographique des atlas routiers. Et elle aurait sans doute stagné lamentablement sans les progrès vertigineux de l’image photographique qui sert ses expérimentations. Bien logique, quand on y pense, car c’est par l’adjonction d’asphalte à sa chimie du développement que le grand Niépce, l’inventeur de la photographie, parvint à fixer ses premières images en 1822. L’inventaire photographique des infrastructures autoroutières coule ainsi de source, si l’on peut dire.
L’autonautique n’étant pas avare d’instruments, l’entrée dans le monde numérique devait lui en fourbir de précieux. Le grand œil satellitaire Google Map et son explorateur de ras-de-terre, Google Street View, sont des machines dont les autonautes ont ainsi rapidement adopté l’usage, devenus cyber-arpenteurs du quotidien routier, de sorte que pas une frange de ce monde physique n’échappe au jeu de conjecture et de vérification que ces logiciels permettent d’orchestrer. Les périples qui s’offrent aux autonautes n’ont en fait de bornes que celles de leur imagination.

D’un obstacle épistémologique…
Toutefois, par un étrange carambolage idéologique, l’autonautique numérique devait cependant rejoindre des considérations d’un autre âge, celles-là même qui nous font qualifier aujourd’hui les bâtisseurs d’autoroutes de « dinosaures ». Écoutez donc
Georges Pompidou : « l’autoroute doit être continue comme le réseau sanguin, elle doit irriguer sans interruption sous peine que se constituent des goulots d’étranglement qui ôteraient l’essentiel de la vitalité économique. L’autoroute doit être liée aux pays étrangers. L’autoroute est un instrument de travail mais aussi un instrument de libération. Elle a donné la possibilité à l’homme d'échapper aux contraintes des transports en commun, de partir quand il veut, pour, et où il le veut. Elle lui a permis de retrouver la géographie de son pays et son histoire » (discours prononcé le 29 octobre 1970, à l'occasion de l'inauguration de la liaison Lille-Paris-Lyon-Marseille).
Un hommage à Internet ne sonnerait pas différemment, n’est-ce pas ? En autonaute averti, j’y vois plus qu’un signe, une leçon. Forme de reptation conditionnée dans les couloirs d’asphalte, le street-viewisme accomplit en quelque sorte ce rêve impérieux de la modernité organique, où l’on glisse sans entrave d’un point à l’autre, avalant des distances de pixels. Même s’il gagne ponctuellement, par capillarité, quelques espaces retirés des voies carrossables, ce mode de voyage « autonautique » est plus étroitement corseté que ne l’est un fantasme de polytechnicien. Prenons y garde !

Par-delà les grillages…
Aucune technique n’est neutre. Nous en avons beaucoup débattu lors de nos deux derniers congrès internationaux, en 2016 et 2020. Après la scission du courant corbuséen qui persiste à maintenir la Proposition 64 de la Charte d’Athènes selon laquelle « les zones de verdure doivent isoler, en principe, les lots de grande circulation », nous avons enfin statué sur une résolution unitaire. À savoir que l’autonautique numérique doit se prémunir du danger ci-dessus pointé en adoptant, autant que faire se peut, l’énonciation piétonnière des autonautes qui vont à pieds, lesquels peuvent être à leur tour numériquement appareillés. C’est ce que fait très bien notre hôte, comme vous l’avez sans doute remarqué !
L’intérêt de cette démarche consiste à repousser les frontières et les normes de notre objet d’étude. De sorte que nous autres autonautes, nous arpentons nos infrastructures chéries comme des territoires choisis. Nous coupons les barbelés et battons monts et vaux du relief autostrade. L’autonautique définit ainsi non pas un itinéraire mais une itinérance immobile, qui rend l’asphalte de vitesse presque abstrait. La route dont la vocation est d’abolir l’espace le restitue alors pour un temps choisi et dans un monde neuf que rien ne consume. Il y aurait ainsi une sorte de route « parallèle » à la première, à celle qui est trop bien connue et par conséquent mal connue, une route dont la réalité s’éprouverait, solide et lumineuse, par l’art du détour. Le braconnage de la route transforme cette dernière en rumeur lointaine, comme s’il n’en demeurait, au présent de notre expédition, qu’un murmure entre des archipels sauvages. Une beauté cruelle gronde derrière les ramures d’un paysage à la
Van Eyck…















***

Texte et images du périphérique toulousain par Matthieu Duperrex, de Urbain, trop urbain, qui accueille mon article « Bas-côtés » dans le cadre du projet des Vases communicants : “Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.”