jeudi 11 novembre 2010

Changement d’air - Los Angeles


156e jour - Hier soir, pour me détendre, j’ai fait un tour du côté de Los Angeles.
J’y ai vu une femme qui promenait des chiens. Et aussi un écureuil qui détalait.
C’était quelque part à l’est de West Hollywood.

mercredi 10 novembre 2010

Province française – Clermont-de-l’Oise


155e jour - Sans doute parce que je n’ai jamais vécu dans aucune d’entre elles, les sous-préfectures, avec leurs petits airs étriqués, sont pour moi des entités fascinantes. Immanquablement, elles m’attirent – parce qu’elles impliquent, c’est une évidence, des vies éloignées de la mienne.
Clermont-de-l’Oise est l’une d’elle. Elle n’a rien d’emblématique mais si je l’ai choisie, elle tout particulièrement, c’est parce que deux personnes que j’estime y ont grandi. Ma curiosité m’a poussé à aller voir…



Je me suis renseigné avant d’arpenter les rues de la ville : Clermont-de-l’Oise est une petite bourgade – à peine plus de 10 000 habitants – géographiquement située à la limite du bassin parisien et du plateau picard. Les communes alentours (celles de l’agglomération) s’appellent Agnetz, Fitz-James, Breuil-le-Sec ou Breuil-le-Vert.



On y recense un cinéma, deux bibliothèques-ludothèques, une salle des fêtes, un centre hospitalier interdépartemental spécialisé dans la maladie mentale, cinq écoles maternelles, cinq écoles primaires, un collège (Jean Fernel), un lycée d’enseignement général (Cassini). Il y a un centre historique quand même aussi – un donjon du XIIe siècle, une église du XIIIe… Mais c’est à peu près tout.
Peut-être peut-on ajouter au tableau que Roger Martin du Gard et Georges Bernanos y ont résidé.



À en croire les affiches, les banderoles que je croise, j’arrive en février-mars. L’hiver n’est pas encore terminé.
Je me promène – rares sont les autres badauds –, j’amoncelle : des noms de discothèques, des devantures de boutiques, des façades… L’impression générale laissée par la ville : une infinie tristesse.
Alors forcément, je me demande à quoi ça ressemble la vie, ici, quand on a quinze-seize ans et qu’on rêve de grands horizons, d’aventure. J’imagine qu’on trouve refuge dans l’imaginaire – qu’on attend impatient d’avoir l’âge d’aller ailleurs. C’est ce qu’ont fait, je suppose, les deux personnes mentionnées ci-dessus. Mais il faudrait que je leur demande.

mardi 9 novembre 2010

Promesses de consommation - Dublin (3)


154e jour - J’aurais déjà dû être reparti de Dublin et puis voilà : hier soir, je suis tombé sur cette devanture pour le moins surprenante – on pourrait croire, au premier regard, qu’il s’agit d’une installation artistique.
Une femme qui choisit une bonne bouteille, des présentoirs à journaux, des pommes… C’est ce que les promoteurs immobiliers – dans un élan performatif – voulaient signifier que l’on pourrait bientôt trouver ici. Plutôt qu’un badigeon de blanc, ils avaient préféré des placards colorés riches en promesses.



Il n’y a rien, en fait, de tout cela. La boutique est quasi condamnée à rester vide (rien dans la conjoncture ne laisse supposer qu’elle ouvrira un jour) : les chantiers sont arrêtés, les appartements alentour sont pour la plupart inoccupés.
Demain, on peut le parier, les photos vont voir leurs couleurs s’affadir. Les murs, les sols qui les encadrent vont se salir. Quant à la suite…

lundi 8 novembre 2010

La ligne rouge - Dublin (2)


153e jour - Une courte escale à Dublin de retour de Detroit – juste le temps de prendre une ou deux photos. Je me parachute dans Red Arches Road, du côté de Clongriffin, quartier qui serait aujourd’hui, si la crise n’était pas passée par là, l’incarnation même de l’idée de ville nouvelle (voir De l’orage dans l’Eire, le post du 9 octobre).



Les palissades, c’est étonnant, courent sur des centaines de mètres. Elles enclavent littéralement tout un pâté de maisons (le seul dont la construction soit effectivement terminée).
Et quand la ligne rouge cesse, c’est pour céder la place à son équivalent en noir. Les zones en chantier – condamnées à rester en chantier ?! – couvrent la surface de dizaines de terrains de foot.

Une question que je me pose : ce paysage urbain aurait-il retenu mon attention si les palissades n’avaient pas été de ce rouge éclatant ? Je n’en suis pas si sûr.

dimanche 7 novembre 2010

Quitter à regret… - Detroit (7)


Detroit est une ville à laquelle on s’attache parce qu’elle est, dans le fond, profondément humaine. Et je me rends compte que si je m’apprête à la quitter – pour un temps, certes – c’est à regret.
De ce voyage, il me reste, entre autres, tout un lot d’images dont voici une sélection. 
Pour ouvrir l’album ci-dessous, il suffit de double-cliquer au centre de la couverture…

Publiez sur Calaméo ou explorez la bibliothèque.

samedi 6 novembre 2010

Revue de presse du week-end - Detroit (6)


151e jour - Un article dans le numéro 12 (automne 2010) de XXI
Les jardins de Detroit par Judith Perrignon

Difficile de dire quand exactement la faim fut si forte dans l’ex-cinquième ville américaine que les gens décidèrent sur les friches de cultiver fruits et légumes. Une chose est certaine, Detroit, vue d’avion, ressemble de plus en plus à un petit coin de campagne. Et la ville, peu à peu, par la force des choses, est devenue un laboratoire d’écologie urbaine.
Au fil de l’article, on suit les parcours de quelques-uns des protagonistes de cette incroyable aventure humaine. On découvre par exemple la vie de Mary Lee qui quitta le Sud, en 1944, pour gagner une région riche alors en promesses industrielles.


À Detroit, elle rencontra celui qui allait devenir son mari. Il travaillait dans les fonderies chez Chrysler, des journées longues et épuisantes de douze heures. Ils furent les premiers noirs à s’installer dans le quartier où elle vit encore aujourd’hui.
Elle raconte : le Ku Klux Klan, les intimidations audébut. Mais la protection policière aussi – parce que les noirs, et les autorités en avaient conscience, acceptaient le plus dur et le plus dangereux du boulot. Alors dans le quartier, des blancs plièrent bagages et d’autres noirs arrivèrent.

Et puis il y eut les premières fermetures d’usines, les premières saignées. Alors, à l’angle de Butternut et de Cochrane, à côté de chez Mary Lee (Mary Lee habite la maison ci-dessus), le petit immeuble aux quatre familles se vida lentement, puis s’effondra. Les herbes folles firent leur travail.



Dans les années 80, Mary Lee et son fils, Howard, récupérèrent le terrain sans savoir vraiment à qui il appartenait. Et voilà. Il y a vingt-sept ans maintenant qu’il fait pousser les légumes de sa mère. Et vingt-deux qu’il s’occupe des poulets de l’autre côté de la maison.

L’enquête, comme l’ensemble du dossier que XXI consacre aux villes aujourd’hui (un article sur Toyota City, un autre sur Asbestos, une bourgade, au Canada, qui vit de l’extraction de l’Amiante) est incroyablement passionnante.

Les précédents articles de la revue de presse :
La haine des oubliés (Gero Von Randow, Courrier International, Die Zeit)
Pour une Maison bien blanche (Fabrice Rousselot, Libération)
La Brest humaine (Christophe Miossec, So Foot)
De l'orage dans l’Eire (Christian Losson, Libération)

vendredi 5 novembre 2010

Sam’s Loans - Detroit (5)


150e jour - Quand la crise est profonde même les prêteurs sur gage se retrouvent dans le besoin.
Sam’s Loans était une institution sise du côté de Michigan Avenue.
On pouvait y déposer – y trouver – armes, diamants, “antiquités”…
Il y avait un parking à l’arrière du bâtiment.

Need Money ? See Sam ! disait un slogan sur la façade. Et un autre : Sam’s Loans - Money in 1 mn.
L’enseigne est encore debout mais une affiche est collée en évidence pour dire que le fond de commerce est à vendre. Sam’s Loan, après 86 ans de service, est à vendre –  et est appelé très certainement, dans la foulée, à disparaître.

jeudi 4 novembre 2010

Les américains sont fous - Detroit (4)


149e jour - Au départ, je pensais faire un post générique : la Motown, label d’artistes célèbres – Diana Ross & the Supremes, Stevie Wonder, Marvin Gaye… Je comptais parler des Funk Brothers aussi, dire qu’ils avaient été le groupe (passé aux oubliettes) qui avait enregistré l’essentiel des parties instrumentales des disques de la firme.
Et puis je suis tombé sur l’image ci-dessus. Devant le bâtiment historique du label – c’est là que Berry Gordy le créa en 1959 – des tombereaux de fleurs, de pancartes, de peluches…
Je me suis demandé qui déjà était mort en 2009 (date des prises de vues)… J’ai soudain réalisé : The King of the Pop himself : Michael Jackson !
J’en ai eu la confirmation en furetant dans Flickr : des photographies avaient été prise le jour du passage de la Google Car, montrant les mêmes amoncellements exactement. C’était une dizaine de jours après l’annonce de la mort de la star planétaire.



J’ai poursuivi mes recherches, pour voir. J’ai découvert, cette fois qu’animaux en peluche, fleurs, lettres et autres souvenirs déposés devant le musée de la Motown avaient été enterrés – oui, je dis bien enterrés – le 17 juillet 2009 !
Selon Associated Press, je cite : Deux corbillards ont transporté les objets dans la matinée du Motown Historical Museum au Woodlawn Cemetery où les souvenirs ont été enterrés. Un caveau, une pierre tombale en granit et deux emplacements ont été donnés pour ce memorial en l’honneur du “roi de la pop”.
Une brève cérémonie du souvenir s’est même tenue dans l’enceinte du cimetière !



Pour information, le Woodlawn Cemetery ce n’est pas rien : c’est là que sont enterrés nombre de personnalités publiques, des membres des Four Tops entre autres et des Temptations… Mais aussi – elle aurait de quoi, j'imagine, se retourner dans sa tombe ! – Rosa Parks, figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale aux États-Unis.

mercredi 3 novembre 2010

Central Station - Detroit (3)


148e jour - Le dernier train Amtrak a quitté la gare centrale de Detroit le 6 janvier 1988. Bien qu’abandonné depuis, le bâtiment est toujours debout. Plusieurs projets de restauration ont été envisagés (casino, central de police…) mais aucun, pour l’instant, n’a vu le jour. Et la gare en ruine, triste symbole, est sans doute le monument le plus photographié de la ville.



La gare a vu le jour dans un quartier excentré – à trois kilomètres environ au sud-ouest du centre ville. C’était en 1913 et on imaginait alors pour ce coins paumé un avenir radieux. Central Station était sensée être un accélérateur de mouvement. Mais la crise de 29 a réduit les ambitions des planificateurs.
À partir de là, la vie n’a pas été un long fleuve tranquille pour le monstre architectural. Il faut dire que la gare, dans la ville de la voiture-reine, présente une lourde faiblesse : les places de parking, alentour, ne sont pas assez nombreuses.



À différentes époques, les propriétaires essayent de vendre l’édifice. Pas assez rentable.
En 1967, on ferme la galerie marchande, le restaurant, l’entrée principale, une partie des salles d’attente.
On réouvre en 1975 quand la compagnie ferroviaire publique Amtrak décide de prendre en charge le service passager au niveau national. On croit alors à un nouvel élan…



La suite est connue : la crise, violente dans l’industrie automobile qui fait vivre la ville.
Le 7 avril 2009, le conseil municipal a voté une résolution portant sur la démolition des bâtiments.
Le 14 avril de la même année, un habitant de la ville, Stanley Christmas (les américains sont vraiment trop forts quand il s’agit de se donner des patronymes) a poursuivi la municipalité pour suspendre l’arrêt en prétextant le National Historic Preservation Act de 1966. Depuis, le temps est suspendu. Nul ne connaît le sort qui sera réservé à la gare fantôme.

Voilà. Ceux qui veulent voir à quoi ressemble l’intérieur de Central Station peuvent jeter un œil au site Photo JPL qui propose une visite virtuelle de l’édifice.
Sinon, les galeries Flickr du groupe Save Michigan Central Station!!!!!!!!!!!!!!! regorgent de clichés saisissants.

mardi 2 novembre 2010

Gospel Hands Car Wash… - Detroit (2)


147e jour - Une carte postale façon Detroit, envoyée de Mack Avenue.
Il faut imaginer à quoi ressemblaient la ville et la station de lavage du temps de leur splendeur : un paradis automobile, avec des conducteurs prêts à payer pour laver l’âme de leur voiture (Get your car’s soul clean, n’hésitait pas à proposer le slogan de la station). On pouvait laver là sa limousine ou son truck.
Mais il n’y a plus guère aujourd’hui de véhicules rutilant dans les parages et moins encore de personnes susceptibles de payer pour pareil service – même au nom de Dieu.



Signe des temps, le God’s Little Store House mitoyen semble lui aussi mal en point et la station essence Northwest sur le trottoir d’en face – faute de clients – a également fermé – si des véhicules s’y arrêtent encore c’est de toute évidence pour que leurs passagers puissent s’adonner à des activités illicites.

lundi 1 novembre 2010

Un visage de l’Amérique - Detroit


145e jour - Alors voilà. Je débarque à Detroit (et je compte y rester un peu). Cela faisait longtemps que ça me titillait. Je suis même déjà venu roder juste en face – à Windsor, au Canada, de l’autre côté de la rivière qui a donné son nom à la ville. Mais cette fois-ci, je plonge. je veux dire vraiment.



Je sais deux ou trois choses sur la ville – j’ai une petite idée de ce qui m’attend. Je sais par exemple que du temps de sa splendeur, la ville était surnommée Motor City ou Motown (pour Motor Town). L’industrie automobile y était alors florissante. Essor, expansion – Detroit a même un temps connu l’honneur d’être la cinquième plus grande ville des États-Unis.



Et puis sont venues les années quatre-vingt, quatre-vingt-dix. La crise, les crises. Puis les subprimes. Deux millions d’habitants dans les années cinquante, 800 000 seulement au dernier recensement. Là où la voiture était reine, il n’y a plus guère d’embouteillages aujourd’hui – la ville est devenue fantôme.



Les bâtiments, en nombre, se délabrent, les bâtiments brûlent, ils s’écroulent. Les friches gagnent du terrain et, vue d’avion, Detroit est de plus en plus verte.



30% des logements de la ville sont aujourd’hui inoccupés. Le nombre des saisies immobilières, ici, est cinq fois supérieur à la moyenne nationale. Le révérend démocrate Jesse Jackson en est venu à déclarer le 29 septembre dernier : “Detroit, Michigan, c’est Ground Zero.” La formule a marqué.



Les chiffres sont choses parlantes. En vrac : 28,9% des adultes sont officiellement au chômage – ils seraient, en fait, près de 45 % ; on compte 1220 crimes violents par an pour 100 000 habitants (le FBI a classé Detroit ville la plus dangereuse des États-Unis) ; les afro-américains représentent 80 à 85% (selon les sources), de la population intramuros – les blancs, eux, ont fui en banlieue ou plus loin encore.

Un site mérite l’attention de ceux que ce chaos touche, il s’appelle 100 abandoned houses et c’est une galerie des maisons de la ville laissées à l’abandon. Les photos y sont, triste ironie, vraiment très belles.

dimanche 31 octobre 2010

Juste une image - Diamantina


145e jour - Une étoile en guirlandes, des fils électriques, un ciel lourd… C’est à Diamantina, Brésil, à hauteur du 234 Rua Belo Horizonte.

Les précédents posts sur Diamantina :
Brésil profond
La cité des chiens