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mercredi 12 janvier 2011

Revue de presse - Ciudad Mier, mort d’un village magique

211e jour - Un article paru dans Le Monde Magazine.
Mexique : les réfugiés de la guerre des cartels par Frédéric Saliba



Le chiffre est édifiant : “Mi-décembre, seules 1753 personnes occupaient les maisons sur un total de 9414 habituellement.” En quelques jours, Ciudad Mier, un bourg touristique de l’état de Tamaulipas, au nord-est du Mexique, est devenue une ville fantôme désertée par ses habitants.



Motif d’une pareille désertion ? Les affrontements répétés entre deux gangs rivaux : le cartel du Golfe et Los Zetas.
En novembre, après la mort de Tony Tormenta (Tony la Tempête), boss du cartel du Golfe, les combats se sont faits plus violents encore. Conséquence : partout en ville, des “panneaux troués de balles, des restaurants dévastés”...
Depuis, “le gouvernement a déployé dans la région plus de 3000 policiers et militaires équipés de tanks et de lance-roquettes”. On est en plein territoire de guerre. Et les gens ont fui, pour la plupart à Miguel Aleman, à quinze kilomètres de là.



Le témoignage d’un réfugié, extrait de l’article :
En jean et tee-shirt, - un adolescent s’approche : “J’ai vu deux corps avec les bras et les jambes coupés sur la place principale. Juste en face de chez moi, une fusillade a duré douze heures ! Tôt ou tard, ils nous auraient tous tués.”



J’ai essayé d’aller voir à quoi ressemblait le bourg avant, quand il détenait encore le label “pueblo magico” (village magique). Remontant le temps (les images Google sont datées de 2009), j’ai vu des commerces florissants (ne subsiste plus, aujourd’hui, qu’une épicerie où viennent s’approvisionner les militaires). J’ai vu des gens dans les rues, nombreux. J’ai vu des enfants jouer... Tout un lot d’images tellement en décalage avec les mots de l’article.



Et puis, remontant Morelos, je suis tombé sur ce que j’ai d’abord pris pour un embouteillage (des voitures immobilisées et la google Car aussi, donc) avant de réaliser que les voitures étaient cernées d’une foule compacte, tous les regards convergeant vers un point dans la profondeur de l’image : on y devine un homme en uniforme. On n’en voit guère plus. C’est suffisant, cependant, pour supposer une scène macabre de crime, comme un prémisse des événements à venir. À croire que la destinée tragique de la ville était écrite.

Les textes de l’article du Monde Magazine sont accompagnés de photos d’une jeune et talentueuse photographe américaine, Katie Orlinsky dont je ne peux que vous encourager à visiter le site.

Les autres posts de la revue de presse (Libération, So Foot, Le Mensuel, Zmâla, Rue89...), sont ici.