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samedi 26 avril 2014

L’amour des temps morts - Kyoto

1263e jour - Ichiro n’a pas vingt-cinq ans mais il parle comme un type plein de métier. Il dit : Mon boulot consiste essentiellement à suivre des gens dans Kyoto. Des hommes, des femmes. Des heures durant. Ma tenue préférée pour me fondre dans le décor est celle d’un salaryman lambda. Je pousse le vice, pour parfaire mon costume, jusqu’à glisser des mangas dans mon attaché-case pour rendre son volume plus crédible.
Souvent il ne se passe rien mais j’observe.


Parfois, je me tiens sur le même trottoir que la personne que je suis, parfois sur le trottoir d’en face. Parfois je m’approche, parfois je ralentis pour me laisser distancer – c’est comme s’il existait un fil élastique entre moi et ma “proie” que je choisis au grès des humeurs de plus ou moins tendre.
J’adore quand il pleut même si je finis par être trempé car mon parapluie est un paravent derrière lequel je me cache. J’ai l’impression, alors, d’être totalement transparent. Je me colle, tout près – vraiment tout près. Jusqu’à sentir le parfum de la personne que je suis.


Quand il s’agit de prendre des photos, j’utilise mon téléphone, c’est pratique. Avant, les gars devaient user de mille ruses pour dégainer leurs appareils – souvent avec des zooms insensés. Ils étaient confrontés aux limites des pellicules, ils ne voyaient qu’au développement le résultat de leur travail… Même depuis que j’ai commencé, les appareils ont fait des progrès incroyables. Oui… Mais ça reste un métier fatigant. Il ne faut pas avoir peur de marcher ou de poireauter des heures durant sans qu’il ne se passe rien. Mais moi ça me va. Au contraire même. J’adore les temps morts.

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